Italie: Que risque Silvio Berlusconi?

POLITIQUE Le président du Conseil risque de perdre son immunité parlementaire, mais pourrait faire adopter une nouvelle loi pour se protéger et même provoquer des élections anticipées...

Maud Descamps

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  — A. PIERDOMENICO / REUTERS

Silvio Berlusconi est-il sur la sellette? Protégé par la loi Alfano, le président du Conseil pourrait perdre son immunité pénale et être condamné à verser 750 millions d'euros à la holding Cir de son grand rival Carlo de Benedetti pour un litige remontant à plus de 20 ans.  La cour doit, en effet, se prononcer sur l'anti-constitutionnalité de la loi, qu’il a lui-même fait voter, lui accordant l'immunité.
 
Vers la solution du compromis

Mais si tel était le cas, Silvio Berlusconi n'aurait pas totalement perdu la bataille. «Je pense que la cour peut choisir la solution du compromis en jugeant anti-constitutionnelle seulement certaines parties de la loi», explique Alberto Toscano, journaliste italien et écrivain*. «Il pourrait ensuite faire adopter une nouvelle loi en s'adaptant aux critiques émises par le Conseil constitutionnel et garder son immunité», ajoute-il.
 
Et comme Silvio Berlusconi «dispose de la majorité dans les deux assemblées, faire passer un nouveau texte ne devrait pas être difficile», souligne Hugues Portelli, sénateur et auteur de L'Italie de Berlusconi aux éditions Buchet-Chastel. «Certains de ses "amis" sont déjà en train de préparer un nouveau texte», confie-t-il.
 
Un enjeu politique et non juridique

Outre les poursuites judiciaires dont il pourrait faire l'objet, le président du Conseil craint l'impact sur son électorat. Très ébranlé par la décision qui pourrait tomber, Silvio Berlusconi avait réuni dimanche ses enfants et des juristes pour étudier sa riposte face à cette «énormité juridique». Il a aussi affirmé qu'il irait au terme de son mandat de cinq ans car «rien ne nous fera trahir le mandat que les Italiens nous ont confié».
 
Dans l'hypothèse où la cour rejette la loi Alfano dans sa totalité, «Silvio Berlusconi pourrait alors démissionner», souligne Alberto Toscano. Il obligerait ainsi le président de la République à dissoudre le Parlement et donc à provoquer des élections anticipée. Mais rien n'oblige Silvio Berlusconi à démissionner, si ce n'est un calcul politique astucieux. Dans le cas où le président du Conseil perd son immunité, il sera rapidement contraint de répondre aux questions des juges. L'occasion de se dire persécuté et d'en appeler au peuple pour sauver sa place.
 
«J'imagine que Berlusconi, se sentant déstabilisé, prononcerait un grand discours dans lequel il se placerait en victime d'une persécution de la part des juges et en appellerait au soutien de l'électorat», à travers des élections anticipées, explique le journaliste italien. Et comme le Cavaliere jouit d'une popularité encore solide au sein de l'opinion publique italienne, «il ne serait pas étonnant de le voir réélu», ajoute Alberto Toscano. Plébiscité par le peuple, le président du Conseil serait alors à nouveau intouchable.
 

* Alberto Toscano vient de publier Critique amoureuse des Français, chez Hachette Littératures