Benoît Hamon: «Si on excuse tout parce que M. Mitterrand est connu, eh bien moi je n'excuse pas»

POLITIQUE La polémique rebondit sur un livre que le ministre de la Culture et de la Communication a publié en 2005...

A. A. et M. D.

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Benoit Hamon, fin mai 2009.
Benoit Hamon, fin mai 2009. — SIPA
Après Marine Le Pen dimanche soir, c’est au tour du porte-parole du PS, Benoît Hamon, de dénoncer un «ministre consommateur». «Je trouve choquant qu'un homme puisse justifier, à l'abri d'un récit littéraire, le tourisme sexuel», a dit Hamon à propos de l'ouvrage La Mauvaise Vie, dans lequel Frédéric Mitterrand relate son penchant pour les «jeunes garçons» durant ses voyages.

«Moi, je n'excuse pas»

En effet, dans l'ouvrage en question, publié aux éditions Robert Laffont et vendu à 190.000 exemplaires, on peut lire que l'auteur s'est rendu dans des bordels de Bangkok, en Thaïlande. «La profusion de jeunes garçons très attrayant et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n'ai plus besoin de réfréner ou d'occulter. L'argent et le sexe, je suis au coeur du système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu'on ne me refusera pas». Une phrase qui, mise ainsi en exergue, fait craindre le pire. Sauf que nulle part est indiqué l'âge qu'auraient ces jeunes garçons dans le livre. Interrogé à ce sujet sur France 3 en avril 2005, Frédéric Mitterrand a confié qu'il appelait tous les hommes des «garçons», comme le rappelle le site Arrêt sur images. Il a aussi dit que oui, ça lui était arrivé de «payer pour faire l'amour».

>> Qu'y a -t-il exactement dans le livre? Réponse par ici

«S'il faut tout relativiser...»


Interrogé lors d'une conférence de presse de Martine Aubry rue Solférino, ce mercredi après-midi, Benoît Hamon a surenchéri: «Je maintiens que ces propos sont choquants.» Alors que les journalistes soulignaient que la polémique n'était pas nouvelle, le porte-parole du PS s'est agacé: «Je n'avais pas lu le livre», quand l'attaque a été faite par Marine Le Pen.

«C'est au président de la République de savoir si oui ou non, en étant impliqué dans la lutte contre la prostitution enfantine, on accepte de constater qu'un ministre, dans un livre qui est présenté comme une autobiographie, justifie le commerce sexuel», a-t-il poursuivi. «S'il faut tout relativiser, si on excuse tout parce que M. Mitterrand est connu, et bien moi je n'excuse pas», a-t-il conclu.
 
 
«Incontestablement choquant»

«Au moment où la France s'est engagée avec la Thaïlande pour lutter contre ce fléau qu'est le tourisme sexuel, voilà un ministre du gouvernement qui explique qu'il est lui-même consommateur», s'indigne Benoît Hamon, qui refuse qu'on puisse «tout relativiser, même ce qui est incontestablement choquant».

Le porte-parole du PS dénonce également le soutien apporté par le ministre au cinéaste franco-polonais Roman Polanski, arrêté le 26 septembre en Suisse, sur mandat américain, pour une affaire d'abus sexuels sur mineure remontant à plus de 30 ans. «M. Mitterrand, qui n'a démontré pour l'instant aucune qualité comme ministre de la Culture, s'est illustré sur un terrain qui n'est ni à l'honneur du gouvernement, ni au sien», affirme le responsable socialiste.

Ne pas «tomber dans la politique trash»

«J'invite tout le monde à avoir de la retenue», a réclamé de son côté Pierre Moscovici sur la chaîne Public Sénat. Le socialiste, tout en accusant Frédéric Mitterrand d'imprudence dans son soutien au cinéaste emprisonné Roman Polanski, s'est refusé à faire son «procès» sur des «écrits du passé».

Pierre Moscovici ne place toutefois pas la réaction de Benoît Hamon sur le même plan que la polémique lancée «de manière basse et dégueulasse» par le FN. Mais il refuse de «tomber dans la politique trash»: «C'est ça qu'on veut pour la France ? Moi pas».

«Les bras m'en tombent»


A son tour, le ministre de la Culture et de la Communication a réagi. «Se faire traîner dans la boue par le Front national est un honneur», a-t-il répondu à la sortie du Conseil des ministres, ce mercredi matin. Avant d'ajouter, à l'adresse de Benoît Hamon: «C'est bien dommage de pouvoir imaginer que des élus de gauche aillent rejoindre le Front national. Je dois dire que les bras m'en tombent (...) Si le Front national me traîne dans la boue, c'est un honneur. Si un député de gauche me traîne dans la boue, c'est une honte pour lui.»