Clearstream huitième jour: un juge, une querelle d'avocats et un corbeau

COMPTE-RENDU A la barre, le juge Renaud van Ruymbeke a expliqué comment il a obtenu les listings truqués...

Oriane Raffin

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Les juges chargés de l'affaire Kerviel ont livré pour la première fois leur vision du dossier dans des actes d'enquête, estimant que le trader a profité des défauts de contrôle de la Société Générale et rejetant la thèse de complicités internes avancée par la défense.
Les juges chargés de l'affaire Kerviel ont livré pour la première fois leur vision du dossier dans des actes d'enquête, estimant que le trader a profité des défauts de contrôle de la Société Générale et rejetant la thèse de complicités internes avancée par la défense. — Joel Saget AFP/Archives

Un juge face aux juges. Ce mardi, le juge Renaud van Ruymbeke a été mis sur le gril, devant le tribunal correctionnel de Paris. Ce témoin dans l’affaire Clearstream a martelé sa défense: «Je suis totalement étranger à l’affaire Clearstream», répète-t-il. «A l’époque, je travaillais sur l’affaire des frégates de Taïwan, c’était la grosse affaire, pas Clearstream.»

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Face à lui, les avocats s’en donnent à coeur joie, voyant le schéma inversé: interroger un juge n’est pas possible tous les jours. Cela devient même intimidant, quand, comme pour un des avocats présents, le juge a été son professeur...

Gergorin, un homme «convaincu et convaincant»

Qu’importe, les questions s’enchaînent, définissant les liens entre Renaud van Ruymbeke et les autres protagonistes de l’affaire. En avril 2004, il est contacté par Jean-Louis Gergorin, par l’intermédiaire de son avocat, Thibault de Montbrial. Le vice-président d’EADS veut lui faire des révélations quant à un réseau de corruption, qui concernerait notamment des rétro-commissions de l’affaire des frégates. Van Ruymbeke rencontre alors à deux reprises celui qu’il décrit comme un homme «convaincu et convaincant», qui «lui paraît de bonne foi».

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Gergorin, qui craint pour sa sécurité, refuse de témoigner sous X. Contrairement à ce que l’ancien vice-président d’EADS affirmait quelques jours plus tôt à la barre, le juge affirme qu’il n’a jamais suggéré à Jean-Louis Gergorin de lui envoyer des lettres anonymes.

Querelle d'avocats

A l'époque, Me Thierry Herzog, aujourd'hui avocat de Nicolas Sarkozy, est conseil de Thales. A ce titre, certains avocats des prévenus ont suggéré mardi, à demi-mots et sans jamais citer son nom, qu'il en avait profité pour avertir Nicolas Sarkozy qu'il figurait dans les listings.

Des insinuations qui ont provoqué une vive querelle parmi les avocats, bagarre soldée par une rapide intervention du bâtonnier élu.

Mercredi, dernier jour d’audience de la semaine, verra le retour du général Rondot, entré dans la salle sous les flashs des photographes, ce mardi. Le témoin assisté devrait être confronté aux prévenus Dominique de Villepin, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin.