Usurpation d'identité: «C'est une expérience désagréable qui peut arriver à n'importe qui»

TEMOIGNAGE Un fraudeur a utilisé la carte bancaire d'Isabelle V. en juillet 2008. Même si tout semble rentré dans l'ordre aujourd'hui, elle craint toujours être à nouveau victime de ce genre d'usurpation d'identité...

Bérénice Dubuc

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Contrefaçons, usurpations d'identité, falsifications de documents vierges volés : la fraude documentaire, aux multiples formes, se développe massivement en France, notamment chez les étrangers en situation irrégulière.
Contrefaçons, usurpations d'identité, falsifications de documents vierges volés : la fraude documentaire, aux multiples formes, se développe massivement en France, notamment chez les étrangers en situation irrégulière. — Stephan Agostini AFP/Archives

À chaque fois qu’elle utilise sa carte bancaire, Isabelle V. a une légère appréhension. En juillet 2008, alors qu’elle consulte ses comptes bancaires en ligne, elle constate que deux billets d’avion ont été achetés avec sa carte bancaire, et débités de son compte. Elle fait immédiatement opposition sur sa carte bancaire, puis dépose plainte au commissariat de son domicile, «après trois heures dans la salle d’attente, dans le Sud, en plein été». Après une montagne de paperasse administrative, elle sera finalement remboursée du débit de 650 euros. Ça a été une expérience très désagréable, qui peut malheureusement arriver à n’importe qui.»

Mais elle n’en saura pas plus sur la fraude dont elle a été victime: il n’y a eu aucun suivi de la part des autorités, ni même de sa banque. Et ça l’inquiète: «Je ne sais pas qui a usurpé mon identité, je ne sais pas s’il a été arrêté. C’est le plus dur à vivre car je ne sais pas où cela s’est passé. Cela peut être n’importe où, dans un magasin de ma ville où je fais des achats.»
 
Insomnies

 
Isabelle V. a beau se dire qu’il y a des cas bien plus graves que le sien, cette histoire l’a empêchée de dormir. Peur de l’interdit bancaire, des poursuites judiciaires... Encore maintenant, ces phobies remontent, dit-elle: «Ça me trotte toujours dans la tête, parce que je me dis que s’ils l’ont fait une fois, ils sont capables de le faire à nouveau». Et de blâmer les autorités, «qui ne font rien pour augmenter la sécurité» de ce type de transaction.
 
Aujourd’hui, Isabelle V. utilise un service d’e-carte bancaire pour ses achats en ligne. Une carte virtuelle, à usage unique, qui lui coûte 8 euros par an. «Il faut maintenant payer pour être protégé», déplore-t-elle. Et encore, ce n’est pas sûr.