Le plan de sortie de crise de la direction de France Télécom

SOCIAL Les propositions faites par le PDG Didier Lombard, la réaction des syndicats...

Julien Ménielle

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Le PDG de France Télécom, Didier Lombard, est poussé à la démission par ses salariés.
Le PDG de France Télécom, Didier Lombard, est poussé à la démission par ses salariés. — MEIGNEUX / SIPA

«Un changement de ton et d'attitude.» C'est ce qu'a cru percevoir Christine Pernot, de Sud-PTT, dans le discours du PDG Didier Lombard aux syndicats de France Télécom. Le président et son numéro deux fraîchement nommé étaient présents à Paris, pour une réunion de négociation nationale sur le stress au travail. Le point sur les six chantiers annoncés.
 
Premier chantier: «Repenser la relation managériale»
Didier Lombard a promis de donner plus de marge de manœuvre aux «managers de proximité». Une façon de redonner un visage humain aux unités locales en tenant compte de leurs spécificités, notamment au moment d'évaluer leurs performances. «Nous avons trop oublié la notion d'équipe dans notre travail quotidien», a reconnu le PDG du groupe. Il demande donc que les réunions de travail redeviennent des «moments d'échange» et pas seulement de «distribution des instructions».
L'avis des syndicats: Pour Christine Pernot, «il s'agit d'annonces très politiques, mais nous attendons de constater de visu que le management par le stress a cessé.»
 
Deuxième chantier: «Revoir les conditions de travail»
Le PDG souhaite notamment la mise en place des moyens nécessaires pour que chacun puisse prendre ses congés, quitte à envisager «exceptionnellement» des recrutements externes pour renforcer les équipes en périodes de vacances. Didier Lombard a également annoncé qu'il comptait désormais demander aux salariés d'exprimer leur vécu lorsqu'un projet a été expérimenté, avant que celui-ci ne soit généralisé.
L'avis des syndicats: Christine Pernot, de Sud-PTT, estime qu'«il faut avant tout en finir avec les objectifs personnalisés, principale source de stress pour les salariés».
 
Troisième chantier: «Un dialogue social renouvelé»
Les intéressés l'avaient eux-mêmes déploré: les médecins de travail n'ont pas été assez consultés, selon Didier Lombard. Ils seront dorénavant associés en amont des discussions de réorganisation.
L'avis des syndicats: Christian Mathorel, de la CGT, espérait «la suspension de tous les outils de mesures de la performance».
 
Quatrième chantier: «Reconstruire un environnement de travail positif»
Les salariés considèrent que la convivialité a disparu. Mais pour Didier lombard, «la convivialité ne se décrète pas». Il faut cependant la favoriser, et il propose de «construire des environnements de travail où chacun pourra s'exprimer». En gros, mettre en place des échanges entre salariés et managers, ou entre salariés sans managers, avec des budgets dédiés si besoin. Les entretiens d'évaluation ayant fait l'objet de critiques, la possibilité pour le salarié de «faire appel» en cas de désaccord est évoquée.
L'avis des syndicats: Sud-PTT réclame l'arrêt «des méthodes de surveillance et de flicage» et des «entretiens managériaux à répétition».
 
Cinquième chantier: «Faire du travail un élément d'équilibre personnel»
Didier Lombard fait un rêve: «Le travail doit contribuer au bien-être de chacun». Pour ce faire, il a pensé «réintroduire de l'individualisation pour créer du collectif» en proposant aux salariés de personnaliser leur lieu de travail en y apportant sa «touche personnelle».
L'avis des syndicats: Sud-PTT espérait «des recrutements pour alléger la charge de travail» et «10 minutes de pause toutes les heures dans les centres d'appels».
 
Sixème chantier: «Accompagner les mobilités et le changement»
Conscient que «la mobilité est devenue un point essentiel du débat», Didier Lombard estime qu'il faut en «revoir le rythme». Première mesure: la fin des mobilités non souhaitées pour les personnes à moins de 3 ans de la retraite. Et pour que la mobilité apporte de la stabilité, une période de 3 ans sans changement sera observée après un changement de poste ou de lieu d'affectation. La fin du principe de mobilité systématique tous les 3 ans pour les cadres a par ailleurs été confirmée. Localement, le PDG a également évoqué la possibilité de «réinternaliser certaines tâches» actuellement sous-traitées. Enfin, en cas de fermeture d'un site, la direction s'engage à proposer «au moins deux opportunités» aux salariés.
L'avis des syndicats: Pour Christine Pernot, la réinternalisation et les mesures de réduction de la mobilité vont dans le bon sens, mais elle attend «de les voir appliquées sur le terrain».