Comment se fait-on voler son identité?

SECURITE Chaque année, en France, plus de 210.000 personnes sont victimes d'une usurpation d'identité. Or, 45% de ces victimes n'ont absolument aucune idée de la façon dont cela a pu leur arriver...

Bérénice Dubuc

— 

Contrefaçons, usurpations d'identité, falsifications de documents vierges volés : la fraude documentaire, aux multiples formes, se développe massivement en France, notamment chez les étrangers en situation irrégulière.
Contrefaçons, usurpations d'identité, falsifications de documents vierges volés : la fraude documentaire, aux multiples formes, se développe massivement en France, notamment chez les étrangers en situation irrégulière. — Stephan Agostini AFP/Archives
Les usurpations d’identités arrivent-elle surtout sur Internet?
Non. Pourtant, comme le montre l’étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) publiée ce mardi, 25% des victimes pensent que leur identité a été usurpée par le piratage de leur ordinateur. «C’est un chiffre très surévalué», explique à 20minutes.fr Christophe Naudin, criminologue et chercheur à l’université Paris II Panthéon Assas. «On ne peut pas donner de chiffre précis pour la simple raison qu’il n’y a pas d’enquêtes de police sur les piratages d’ordinateurs.»

Alors, comment les voleurs récupèrent-ils une identité?
Dans la plupart des cas, en récupérant vos documents personnels. Cela peut se faire par le vol de papiers d’identité, d’un cartable ou d’un portefeuille. Souvent, les voleurs n’ont qu’à fouiller les poubelles. «Certains documents sont même carrément récupérés et copiés par des employés peu scrupuleux lorsque vous déposez une demande de crédit ou lorsque vous achetez un véhicule», indique Christophe Naudin. Ces dossiers complets sont une mine d’or pour les revendeurs. Un «kit Assedic» coûte ainsi 1.000 euros, et contient fiches de paye, certificat de travail, justificatifs de domicile... Tout pour se créer une nouvelle identité.

Les usurpations, combien ça coûte?
Au total, 3,874 milliards par an. Pour l’Unedic, le préjudice est de 1,4 milliard d’euros par an. La Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) et la Caisse d'allocations familiales (Caf) perdent quant à elles 1 milliard d’euros chaque année. Les 210.000 particuliers victimes de ces vols d’identité ont pour leur part perdu «en moyenne 2.229 euros», selon l’étude du Credoc, dont 1.556 euros qui ne leur seront jamais restitués, faute d'être pris en charge par les assurances.

Quel recours pour la victime?
Malheureusement, une fois usurpée, l'identité est très difficile à récupérer. Hormis le fait de porter plainte, «il n’y a aucun recours, puisque l’Etat est incapable aujourd’hui d’identifier à coup sûr telle ou telle personne», explique Christophe Naudin.

Comment éviter ces vols?
En développant la «biométrie multimodale». Selon Christophe Naudin, la seule solution pour une sécurité totale est de combiner sur les pièces d'identité «photographie, empreintes digitales, ADN et empreinte de la paume des mains». Or, à ce jour, les seules tentatives sont «risibles», à l’image de la carte vitale deuxième génération, qui ne comporte qu’une photo, un «très faible indice biométrique» facilement falsifiable.

>> À venir, le témoignage d’une victime d’usurpation d’identité