Rondot met de mauvaises notes à Villepin

Vincent Vantighem

— 

Le buste est resté droit, les mains jointes dans le dos. Comme s'il était encore au rapport, le général Philippe Rondot a livré, ce mardi, sa version de l'affaire Clearstream à la barre du tribunal correctionnel de Paris. L'exposé a duré 90 minutes. Point par point, l'espion a contredit les explications que Dominique de Villepin a données mercredi dernier aux juges.

Chargé de vérifier l'authenticité des listings Clearstream et l'existence de comptes occultes, le général Rondot a tout consigné dans ses petits carnets à spirale. Hier, il a commencé par revenir sur la fameuse note du 9 janvier 2004. «Dominique de Villepin m'avait demandé de venir. Je me retrouve dans son bureau avec Jean-Louis Gergorin. Le nom de Sarkozy est cité. On parle d'un compte couplé avec un Stéphane Bocsa. Je le note sans comprendre...» Murmures dans la salle d'audience: en deux minutes, le général vient de percer la défense de Dominique de Villepin. La semaine dernière, l'ancien Premier ministre avait assuré à trois reprises n'avoir jamais évoqué le cas de Nicolas Sarkozy lors de cette réunion.

>> Suivez l'audience de mercredi en live comme-au-tribunal en cliquant ici

Voix chevrotante, crâne dégarni : à 73 ans, Philippe Rondot n'a plus le physique d'un fringant militaire. Mais il en a conservé la droiture. « Je repars de son bureau d'autant plus troublé que Villepin me demande de ne pas alerter Michèle Alliot-Marie, qui est alors mon supérieur direct au ministère de la Défense. Ce n'est pas mon habitude... », poursuit-il à la barre. Derrière lui, Dominique de Villepin prend des notes et commence à s'enfoncer dans son siège. De son côté, Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, se frotte les mains. Machinalement, il reproduira le geste à plusieurs reprises lors de l'explication de texte. Notamment quand Philippe Rondot aborde le second entretien avec Dominique de Villepin. Cette note-là date de juillet 2004. « Je m'étais rendu compte que Clearstream était une manipulation. Je lui fais part de mes résultats et propose de détruire les notes. Il accepte et me répond alors : "Si nous apparaissons, le président de la République et moi, nous sautons !" La semaine dernière, l'ancien Premier ministre avait, précisément, prétendu le contraire. Rondot enfonce alors le clou : « En conclusion, j'ai agi en militaire. Je n'admets pas qu'on mette ma parole en doute. Je n'ai pas un Q.I. de pétoncle ! »