Les sans-abri se pressent déjà au Refuge

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Les mêmes hommes courbés et méfiants, les mêmes regards cabossés, les mêmes mains calleuses. Le Refuge, plus grand centre d'accueil de sans-abri en France géré par La Mie de pain, a rouvert grand ses portes à Paris, dans le 13e arrondissement, pour une énième saison hivernale. En seulement trois jours, la quasi-totalité des 360 lits ouverts gratuitement aux hommes - soit deux fois plus qu'entre mai et septembre - ont été pris d'assaut.

« C'est monté très vite dès le premier soir. Le troisième étage, celui des jeunes, était même d'emblée complet », explique Fanny, à l'accueil. Les jeunes sans papiers ou errants se sont donné le mot, si bien qu'ils ont déboulé au centre avant même l'arrivée des premiers grands froids, comme pour mettre une option sur un lit. Ryad a 26 ans, il vient d'Algérie. Avec un ami, il vit dans un squatt cinq mois de l'année, et vient dormir à La Mie de pain le reste du temps, comme l'an dernier. « Il fait trop froid dans le squatt l'hiver. On n'a pas de couverture, alors on vient ici. On sait que ça ouvre le 1er octobre », raconte-t-il dans un français approximatif. Dans les chambres où s'entassent les lits superposés, simplement recouverts d'une couverture en papier blanche, certains SDF se serrent la main : « Ah t'es revenu, toi ? Tu dors avec moi ! » La plupart des sans-abri qui frappent de nouveau à la porte sont des habitués. L'été, quand les structures sont fermées, complètes ou en travaux, ils dorment dans la rue ou à l'hôpital.

Une cinquantaine de SDF, inconnus ou jamais vus jusqu'alors, se sont tout de même présentés ici dès l'ouverture, cherchant un abri et un peu de chaleur avant d'entamer la pire des saisons. Les bénévoles les attendaient, comme Christiane, fidèle au poste depuis dix ans au réfectoire : « J'en reconnais certains. Ils ne changent pas tellement. » Dans quelques jours, les cent derniers lits du Refuge encore fermés seront faits. Et très vite occupés. W

L. de C.