Maladies nosocomiales: le dossier emblématique de la Clinique du sport enfin jugé

JUSTICE Trois médecins sont accusés d'avoir contribué à la propagation de la mycobactérie xenopie dans le réseau d'eau de la clinique...

C. F. avec agence

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 Photo prise le 11 septembre 1997 de personnes sortant de la Clinique du Sport à Paris.
 Photo prise le 11 septembre 1997 de personnes sortant de la Clinique du Sport à Paris. — AFP PHOTO THOMAS COEX

L’affaire avait mis en lumière pour la première fois le problème des maladies nosocomiales. Vingt ans après les premières contaminations, la justice se penche à partir de ce mardi sur les pratiques, entre 1988 et 1993, de la très réputée Clinique du sport.
 
Sur le banc des accusés du tribunal correctionnel de Paris jusqu'au 28 octobre: trois médecins, dont l'ancien directeur de cette clinique parisienne, sont accusés d'avoir contribué, par négligence des règles sanitaires, à la propagation de la mycobactérie xenopie dans le réseau d'eau de la clinique.
 
Tuberculose osseuse

Cette bactérie a provoqué chez 58 patients opérés des lombaires ou des cervicales entre janvier 1988 et mai 1993 l'apparition d'une maladie s'apparentant à une tuberculose osseuse. Une quarantaine de victimes se sont constituées parties civiles.
 
Mis en cause pour avoir réutilisé des kits d'intervention à usage unique et pour des carences dans le protocole de stérilisation des instruments chirurgicaux, les trois praticiens sont notamment poursuivis pour «blessures involontaires» et «tromperie».
 
Des accusations entièrement contestées par les intéressés qui ne doutent pas de «sortir la tête haute de cette histoire», assure Olivier Leclere, avocat de Pierre Sagnet, directeur de l'établissement à l'époque des faits. «Au regard des connaissances et des pratiques de l'époque, toutes les précautions sanitaires ont été prises», argumente-t-il en soulignant le «paradoxe» de voir poursuivis les médecins à titre individuel et non la clinique, au titre de personne morale, comme organisatrice du protocole sanitaire.
 
«Médecine business»

Les parties civiles, elles, insistent sur le caractère exemplaire de cette affaire. «C'est le symbole de presque tout ce qu'il ne faut pas faire en matière de "médecine business" et le point de départ de la mise en lumière des maladies nosocomiales dans l'opinion publique», estime Patrick de la Grange, qui défend les intérêts de plusieurs victimes. «C'est le plus gros scandale français en matière de maladie nosocomiale. Il y a eu un avant et un après Clinique du sport», observe Alain-Michel Ceretti, époux de l'une des victimes.
 
L'association qu'il a fondée dans la foulée de cette affaire, baptisée «le Lien», est devenue le fer de lance de la bataille contre les infections contractées à l'hôpital qui ont fait l'objet, ces dernières années, de plusieurs évolutions réglementaires et législatives.