Martine Lebrun: «le cas des délinquants sexuels relève davantage de la santé publique que de la justice»

INTERVIEW La présidente de l'Association nationale des juges d'application des peines répond à la polémique après le meurtre de Marie-Christine Hodeau...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Les politiques se sont emparés de l'affaire, remettant à l'ordre du jour le débat sur les criminels récidivistes après le meurtre de la joggeuse. Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a mis en cause les juges d'application des peines qui ont accordé une libération conditionnelle au suspect, condamné pour viol, enlèvement et séquestration. La présidente de l'Association nationale des juges d'application des peines Martine Lebrun réagit.

Qu'est-ce qui justifie de laisser sortir des détenus avant la fin de leur peine?
Vous savez, pour nous ce serait beaucoup plus facile de les laisser aller au bout de leur peine. Le principe de l'aménagement de peine, c'est de mettre de mettre en place un dispositif favorisant la réinsertion. On espère justement éviter les problèmes par la suite. Par ailleurs, les libérations conditionnelles comme le système de réduction de peine, sont la carotte qui permet de rendre la situation gérable pour les surveillants en prison. Parce que les gens qui n'ont pas d'espoir sont dangereux.

Qu'est-ce qui est mis en place aujourd'hui pour éviter les récidives?

La seule chose qui soit effective, c'est un suivi par les services judiciaires. Si garder quelqu'un en prison retarde le problème, l'empêcher de retourner sur les lieux où il a commis un crime, c'est déplacer le problème de quelques kilomètres. Quant au bracelet électronique, il permet de savoir où il se trouve, pas ce qu'il a dans la tête, ni ce qu'il se passe dans son pantalon.

Alors, comment protéger la population?
On sait que la longueur de la peine n'influence pas le risque de récidive. Et de toute façon, la justice ne peut pas tout contrôler. Mais le cas des délinquants sexuels relève davantage de la santé publique que de la justice. Les garder en prison ne les guérit pas. Nous sommes comme les chirurgiens qui confions un patient à une équipe de soins. Mais en l'occurrence, l'équipe est réduite à sa plus simple expression. Il n'y a aucune structure spécifique pour assurer le suivi. Et l'idéal serait même d'agir avant.

Que proposez-vous?
Il faut commencer par proposer un véritable suivi pendant la détention. Actuellement, dans les prisons, quand on a un psy qui passe une demi-journée par semaine c'est déjà bien. Et en général, entre les cas de dépressions, les suicidaires ou les prises en charge de toxicomanes, ils ont plus d'une centaine de personnes à suivre. Il faudrait même traiter préventivement les délinquants sexuels dès les premiers troubles, comme l'exhibitionnisme ou le voyeurisme.

Et la castration chimique?
Techniquement, la méthode existe, mais il faut le consentement des détenus pour leur administrer. Certains sont demandeurs, mais ce sont souvent des petits délinquants sexuels. Dans le fond, pourquoi pas, mais il faudrait régler les effets secondaires apparents qui sont gênants, comme les seins qui poussent... Mais diminuer leur libido les prive aussi d'une sexualité normale, ce qui n'est pas sans conséquence.