Comment le meurtrier présumé de la joggeuse s'est retrouvé libre

JUSTICE 20minutes.fr a listé les points qui ont mis le suspect en position d'enlever Marie-Christine Hodeau...

Julien Ménielle

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Photo récente de Marie-Christine Hodeau, 42 ans enlevée le 28 septembre 2009 dans la matinée alors qu'elle faisait son jogging dans la forêt de Fontainebleau.
Photo récente de Marie-Christine Hodeau, 42 ans enlevée le 28 septembre 2009 dans la matinée alors qu'elle faisait son jogging dans la forêt de Fontainebleau. — Gendarmerie nationale
Pourquoi le suspect est-il sorti de prison?
Condamné en 2002 à onze ans de prison pour le viol et l'enlèvement d'une adolescente de 13 ans en 2000, le suspect a bénéficié le 20 février 2007 d'une libération conditionnelle pour bonne conduite. Sa première demande avait été rejetée en septembre 2005, avant d'être acceptée en appel. Entre le
6 mars et le 29 mai 2006, il a connu une première période de liberté, avant d'être renvoyé en prison pour avoir emménagé à moins de 20 km de sa victime. Il en ressortira le 5 mars 2007, après une nouvelle demande, d'après Michel Lernout, procureur adjoint du parquet d'Evry contacté par 20minutes.fr.

Etait-il sous contrôle judiciaire?
A sa sortie de prison, le suspect était soumis à des contraintes strictes. Il avait interdiction de se rendre à Echilleuses (Loiret) et de rencontrer sa victime et il était soumis à une obligation de soigner son addiction à l'alcool, considérée comme la cause de sa dangerosité. A deux reprises, le juge d'application des peines (JAP), saisi par la mère de l'adolescente, lui rappelle qu'il a interdiction de se rendre à Echilleuses, où il aurait été aperçu, ce que l'intéressé nie. Faute de preuves, il est laissé en liberté.

Comment a-t-il pu se réinstaller dans le même secteur?
Par le jeu des réductions de peine, sa peine était considérée comme purgée le 20 novembre 2008, un rapport ayant conclu qu'il avait respecté ses obligations. «Après cette date, il n'y avait plus de moyen de lui imposer quoi que ce soit», selon une source judiciaire. Michel Lernout précise que la cour d'assises était la seule à pouvoir demander «une mesure de suivi socio-judiciaire», ce qu'elle n'a pas fait. Inscrit au registre des délinquants sexuels, le suspect a respecté son obligation de signaler son changement de domicile quand il est revenu s'installer, début 2009, à Echilleuses.

En quoi consiste ce système de réduction des peines?
Il s'agit d'un crédit de réduction de peine, mis en place automatiquement et sans intervention des services d'application des peines. Dès le début de la détention, l'administration pénitentiaire calcule le crédit et informe le détenu de sa date prévisionnelle de sortie.

Comment calcule-t-on ce crédit?
Trois mois sont déduits pour la première année d'incarcération puis deux mois pour les années suivantes. En cas de mauvaise conduite, en revanche, le crédit diminue.

Pourquoi un tel crédit?
C'est la «carotte» qui permet d'avoir prise sur les détenus, a expliqué à 20minutes.fr Martine Lebrun, présidente de l'Association nationale des juges d'application des peines. Sans cette mesure, selon elle, la situation de détenus «sans espoir» serait ingérable.

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