Clearstream: «C'était la Saint-Gergorin»

JUSTICE La quatrième journée d'audience a fait la place aux parties civiles...

Oriane Raffin, envoyée spéciale au Palais de Justice de Paris

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L'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin a été mis en examen jeudi dans le cadre d'une enquête judiciaire pour "faux et abus de confiance" aux dépens d'EADS, a annoncé le parquet de Paris.
L'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin a été mis en examen jeudi dans le cadre d'une enquête judiciaire pour "faux et abus de confiance" aux dépens d'EADS, a annoncé le parquet de Paris. — Franck Fife AFP/Archives

«Eh bien, c’était la Saint-Gergorin aujourd’hui!» C’est par ces mots qu’un journaliste espiègle résume la quatrième journée du procès Clearstream, qui s’est déroulée ce lundi, au Tribunal de Grande Instance de Paris. L’ancien patron d’EADS a essuyé un tir nourri des parties civiles.

Premier à ouvrir le feu, Alain Gomez, ex-patron de Thomson. Il est l’un des premiers à s’être constitué partie civile dans l’affaire, alors que son nom figurait dans les faux-listings à plusieurs reprises.

«Il y a une signature, celle de Gergorin»

Pour lui, le nom du coupable ne fait pas de doute. «Mon interprétation initiale a été qu'à l'origine de ces dénonciations ne pouvait se trouver que Jean-Louis Gergorin», a raconté l'ancien dirigeant de Thomson. «Il y a une signature qui est celle de Gergorin.»

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Selon lui, tout est né de la «rivalité industrielle» entre Lagardère et Matra d'un côté et Thomson de l'autre, «une rivalité industrielle classique». Jean-Louis Gergorin était «en charge de ce dossier» (côté Lagardère), et dès 1994, il l'a abordé avec «une passion personnelle», usant d'«armes déloyales qui pouvaient être également illégales».

«C’est la dérive d’un homme»

 
Pierre Martinez, ancien patron de la brigade financière puis de Thomson, fait la même analyse. Pour lui, Clearstream, «c'est la dérive d'un homme». «Celui-là», «ce monsieur». On a l’impression que prononcer le nom de Jean-Louis Gergorin lui brûlerait les lèvres.
 
Tout au long du discours de l’ancien flic, on sent l’amertume: «Pendant qu'il me disait des mots doux et me faisait des calins par devant...», se souvient Pierre Martinez, avant de compléter, «des années après, j'ai vu où il voulait en arriver.»
 

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Arrive ensuite à la barre Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, et lui aussi cité dans les listings. «Je suis un peu l’intrus, le journaliste». Moins «touché» par l’affaire, le journaliste analyse les faits et livre ses conclusions au juge: «Il me paraît clair que Dominique de Villepin n'est ni l'organisateur ni le commanditaire de la calomnie dont j'ai été victime».

Pas de grand pardon

Les parties civiles ne sont pas nombreuses. Plusieurs manquent à l’appel: Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Baudis, Alain Madelin, Jean-Charles Marchiani. Le juge suspend donc la séance en milieu d’après-midi.

Imad Lahoud, lui, n’aura pas pu se défendre. L’informaticien était absent pour pouvoir célébrer la fête juive de Yom Kippour, le grand pardon. «Grand pardon, peut-être, mais pas pour Gergorin», murmure-t-on dans la foule.