Financement de l'école privée: «Une véritable entrée dans une logique libérale»?

Corentin Chauvel

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Le financement de l’école privée doit-il être assuré par les communes? C’était justement l’objet de la loi Carle, adoptée ce lundi à l’Assemblée nationale. Qui est pour, qui est contre? 20minutes.fr décrypte pour vous ce débat.

Manne financière et exode scolaire

Techniquement, chaque commune finance déjà les établissements privés situées exclusivement sur son territoire. Pourtant 40% des élèves inscrits dans le privé ne résident pas dans la commune où ils sont scolarisés. Les écoles privées réclament ainsi un financement aux autres communes de résidence de leurs élèves. Avec la loi Carle, les législateurs autorisent ces extras en les encadrant par des conditions précises d’accès.
 
Cela constitue ainsi une véritable «manne financière» pour le privé se désole Christiane Allain, secrétaire générale de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques (FCPE), contactée par 20minutes.fr. Et surtout une porte ouverte à «l’exode scolaire» selon Caroline Fourest, chroniqueuse au Monde.
 
Le milieu rural menacé
 
Les conditions imposées par la loi Carle ne sont que des prétextes facilement falsifiables par les parents d’élèves selon Charles Conte. Joint par 20minutes.fr, le chargé de mission laïcité à la Ligue de l’Enseignement considère que cela ne fait qu’«aligner les dispositifs de financement du privé sur ceux du public.» Il ajoute: « C’est une véritable entrée dans une logique libérale.» L’éducation devient un marché où les parents peuvent désormais choisir sans aucune restriction le privé ou le public.
 
C’est principalement l’école publique en milieu rural qui est menacée selon Christiane Allain, la loi mettant en difficulté les maires, «obligés de voir une partie de leur budget reversé aux écoles privées d’autres communes au détriment de celui consacré à leurs établissements publics.» Leur avenir est ainsi en jeu renchérit Charles Conte: «Les communes vont payer pour démunir leur école publique.»

La laïcité bafouée

Au-delà de l’aspect financier, la loi Carle pose des questions fondamentales sur la place de la laïcité en France. C’est «une reconnaissance de l’école privée dans les textes» s’inquiète Christiane Allain qui estime que la loi Carle remet en cause la loi Debré de 1959, fondatrice des rapports entre l’Etat et les établissements privés.
 
Contacté par 20minutes.fr, Jean-Claude Carle, l’auteur de la loi, réfute cette thèse et oriente plutôt les défenseurs de l’école publique vers la réflexion suivante: «Pourquoi de plus en plus de familles scolarisent leurs enfants dans les écoles privées?»

>> Et vous, qu’en pensez-vous? Pensez-vous que la parité public-privé est un danger pour l’avenir de l’école républicaine et laïque? Vos enfants sont dans le privé? Pourquoi?