Les fraudes à la carte à l'écart

À Lyon, Carole Bianchi

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En matière de délinquance, il y a le langage officiel et celui des chiffres. En janvier dernier, le ministère de l'Intérieur a lancé une campagne pour inciter les victimes à porter plainte. Mais cet été, les fonctionnaires de police du Rhône ont reçu une directive qui dit tout le contraire. Dans une note interne datée du 7 juillet, la préfecture leur demande de ne rédiger qu'une main courante pour les fraudes à la carte bancaire dans le cadre d'« achats à distance par Internet, téléphone ou correspondance ». Exit le dépôt de plainte. Exit aussi la procédure judiciaire qui s'ensuit habituellement.

La note, dont 20 Minutes a pris connaissance, a pour objet de préciser les conditions dans lesquelles doivent être enregistrées les déclarations. « Sans qu'un dépôt de plainte préalable soit nécessaire, les victimes doivent contester la fraude auprès de leur banque », peut-on lire. Selon une source qui préfère garder l'anonymat, plusieurs commissariats se sont indignés de cette note, contraire à la déontologie. « La hiérarchie nous a clairement expliqué que c'était dans le but d'atténuer les mauvais chiffres. » Le taux d'élucidation de ce genre d'escroquerie, en constante augmentation, serait assez faible dans le Rhône, les usurpateurs étant plus difficiles à retrouver sur Internet. « Le problème, c'est qu'on ne cherche plus du tout le délinquant avec cette nouvelle directive. C'est très préjudiciable pour les victimes », révèle un fonctionnaire anonyme. Dans l'agglomération lyonnaise, une à deux victimes se présentent, chaque jour, pour une escroquerie de ce type. W