EDF: Gadonneix débarqué, l'arrivée de Proglio se précise

NOMINATION C'est ce dimanche que le patron de Veolia devrait prendre les rênes du groupe d'électricité...

Avec agence

— 

 Henri Proglio
 Henri Proglio — CHAMUSSY/SIPA

Le gouvernement a décidé de tourner la page de l'ère Pierre Gadonneix, à la tête d'EDF depuis cinq ans, et le nom de son successeur, sans doute Henri Proglio, patron de Veolia Environnement, devrait être connu dimanche soir à l'issue du conseil d'administration du groupe public.

«Nous avons estimé nécessaire de renouveler le management de l’entreprise même si je tiens à rendre hommage à Pierre Gadonneix qui a accompagné la transformation d’EDF avec succès et sans heurts», a déclaré François Fillon dans une interview au Journal du Dimanche dans laquelle le Premier ministre donne les grandes orientations pour 2010.

La succession de Pierre Gadonneix, 66 ans, donnait lieu depuis des semaines à d'incessantes rumeurs. Ce dernier, qui s'était dit «prêt à continuer», aurait théoriquement pu être prolongé de deux ans avant d'atteindre la limite d'âge (69 ans). Il a d'ailleurs longtemps été donné favori à sa propre succession.

Des derniers mois compliqués

Mais une erreur de communication en début d'été a sérieusement amputé ses chances. «Gado», comme l'appellent ses collaborateurs, a demandé en juillet une hausse des prix de l'électricité de 20% en trois ans, provoquant une tempête médiatique. Cette déclaration intempestive a beaucoup surpris, venant d'un homme d'un naturel extrêmement prudent. Au point que certains y ont vu une manoeuvre délibérée : Pierre Gadonneix, averti de son éviction prochaine, aurait essayé de mettre le gouvernement dans l'embarras.

Handicap supplémentaire, l’actuel PDG du groupe d’électricité était particulièrement peu apprécié par la puissante CGT de l'Energie, qui lui reprochait un manque de vision industrielle et un climat social tendu dans l'entreprise.

Au printemps, un conflit sur les salaires et l'embauche de prestataires extérieurs, surnommés les «nomades du nucléaire», avait poussé la direction d'EDF à autoriser les directeurs de centrales nucléaires à réquisitionner les grévistes.

Enfin, l'affaire d'espionnage informatique de Greenpeace, dans laquelle le groupe EDF a été mis en examen, a aussi contribué à ternir les derniers mois de la présidence Gadonneix.

«Améliorer l’offre au consommateur»

Ce polytechnicien aux convictions libérales laisse pourtant derrière lui un bilan riche, mais contesté. Sous son règne, EDF a procédé à de nombreuses acquisitions internationales, dont la plus grosse de son histoire avec le rachat de British Energy (13,5 milliards d'euros).

Son objectif : permettre à l'ancien monopole, concurrencé sur son propre terrain, de continuer à croître à l'étranger et exporter la technologie du réacteur nucléaire EPR.

A en croire François Fillon, la stratégie de l'entreprise publique devrait sensiblement s'infléchir pour porter plus d'attention à «l'efficacité de son dispositif nucléaire» et «améliorer son offre au consommateur».

Proglio, un capitaine d’industrie censé faire l’unanimité

«Nous avons défini le profil idéal: un industriel ayant dirigé un grand groupe», a affirmé François Fillon au JDD, sans citer de nom. Mais sauf surprise, c'est Henri Proglio, PDG de Veolia, qui devrait être intronisé dimanche soir à l'issue de la réunion du conseil d'administration du groupe d'électricité, prévue à partir de 20h.

Administrateur d'EDF depuis 2004, Henri Proglio, 60 ans, a l'avantage de bien connaître l'entreprise, est apprécié de la CGT et a une image de «capitaine d'industrie». Il devrait prendre ses fonctions d'ici au 22 novembre, date de la fin de mandat de Pierre Gadonneix.

D'ici là, Henri Proglio inaugurera le tout nouvel article 13 de la Constitution, qui soumet certaines nominations présidentielles à l'approbation du Parlement.

«Sans même attendre l’adoption de la loi organique qui en fera l’obligation, nous avons souhaité, avec le Président, que cette personne soit auditionnée par le Parlement», a en effet annoncé François Fillon.