Deuxième journée du procès Clearstream: entre roman d'espionnage et manipulation

COMPTE-RENDU Denis Robert et Florian Bourges se sont succédés à la barre...

O.R.

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Le journaliste Denis Robert était lui aussi sur le banc des accusés lors du procès Clearstream le 22 septembre 2009.
Le journaliste Denis Robert était lui aussi sur le banc des accusés lors du procès Clearstream le 22 septembre 2009. — HADJ/NIKO/SIPA

Moins d’affluence que la veille ce mardi, au deuxième jour du procès Clearstream. Si, devant la porte de la 1ère chambre, une ou deux groupies se pressaient pour voir Dominique de Villepin, ce dernier n’aura pourtant pas ouvert la bouche de l’audience. A la barre, le journaliste Denis Robert et l'ancien auditeur Florian Bourges ont tenté de convaincre tour à tour le tribunal qu'ils n'étaient que des victimes collatérales de cette affaire de manipulation.

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«Il avait 23 ans, il était plein d'idéal. Et c'est alors qu'il rencontre quelqu'un qui lutte contre la corruption (Denis Robert, ndlr) et un agent de la DGSE», ou du moins qui se fait passer pour tel, Imad Lahoud. «En aucun cas, il n'imagine ce qui va arriver après. Il a été atteint par une balle perdue». C'est ainsi que l’avocat Maurice Lantourne a résumé la malencontreuse aventure de son client Florian Bourges.

Fines lunettes sur un bouc finement taillé, le prévenu concède: «J'ai été assez naïf, voire stupide» face à Imad Lahoud. «J'ai été manipulé, mais je n'avais pas de raison de me méfier», confie celui qui a remis des listings Clearstream à Denis Robert.

«Je ne m'acharne pas contre Clearstream, c'est Clearstream qui s'acharne contre moi»


Dans un deuxième temps, Denis Robert arrive à la barre, tendu. Peu avant, il confie à des confrères: «Tout le monde me demande si je suis stressé, à la longue, ça finit par me stresser». Le journaliste d’investigation comparaît pour avoir recelé les listings volés par Florian Bourges. Il dit être un «intermédiaire», «sans rôle actif». Sous les questions de l’avocat de Clearstream, il finit par craquer: «Je ne m'acharne pas contre Clearstream, c'est Clearstream qui s'acharne contre moi.»

S’ensuit un récit digne d’un film d’espionnage, mêlant un accident de voiture de l’un de ses informateurs, dont les roues de voiture ont été dévissées, une tentative d’enlèvement et des menaces sur la fille d’un autre, une visite chez EADS dans des locaux ultra-sécurisés et des rencontres avec de supposés anciens espions anglais...

Le journaliste témoigne également du pouvoir de manipulation d'Imad Lahoud, qui a «su très habilement jouer» de la situation. «Il avait une version pour tout», raconte-t-il, et paraissait «super informé». Un jour, «il m'a dit qu'il avait hacké le système de Clearstream», «un truc de dingue». Imad Lahoud pourra à son tour s’expliquer ce mercredi, durant les audiences, tout comme Jean-Louis Gergorin.