«Si on ferme la jungle, ils iront ailleurs, à 100 m ou 200 m»

REPORTAGE Les migrants de Calais s'apprêtent à quitter leur camps, mais ils resteront dans le secteur

Olivier Aballain, à Lille

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Des migrants dans la «jungle» de Calais le 30 mars 2009
Des migrants dans la «jungle» de Calais le 30 mars 2009 — Reuters / Pascal Rossignol

L'attente après l'annonce. En prévoyant mercredi soir une fermeture de la «jungle» de Calais «d'ici la fin de semaine prochaine», Eric Besson a fait du camp de réfugiés un no man's land en souffrance. Le camp, improvisé dans un bois à un jet de godasse du port de Calais, abrite encore entre 250 et 350 migrants en attente de passage vers l'Angleterre. Il pourrait être évacué à partir de lundi, fin du ramadan 2009.

«Ce que je veux c'est passer en Angleterre»

Afghans, Irakiens ou Kurdes, plus rarement Somaliens, Soudanais : tous sont là en transit, dorment sur une paillasse entre deux bâches, cuisinent sur un tas de pierre, font caca dans les fourrés, partagent la gale. «On n'est pas là pour faire du tourisme», rappelle Ahmad, un Afghan arrivé il y a une dizaine de jours. Son camarade Sedagul n'est pas non plus spécialement attaché à l'endroit. «Que je dorme ici, que je dorme ailleurs, je m'en fous : ce que je veux c'est passer en Angleterre.»

Au dessus de leur tête, un hélicoptère passe et repasse. L'Etat surveille les lieux. Ils le savent. Ahmad glisse même : «Je peux mourir ici ou en essayant de passer de l'autre côté, ça m'est égal. De toute façon c'est l'enfer.»

D'autres jungles à quelques centaines de mètres

Le collectif d'assos C'sûr prévient : «Si on ferme la jungle, ils iront ailleurs, à 100 m ou 200 m». Certains ont pris les devants : la jungle abritait encore 900 réfugiés avant l'été. Les migrants se sont éparpillés. Vers des squats en ville, mais aussi d'autres «jungle» près d'un port (Calais ou Dunkerque) ou d'une aire d'autoroute (l'aire du Beau-Marais sur l'A16)…

A moins d'un kilomètre de l'endroit visé par Eric Besson, on retrouve ainsi une quinzaine de tentes dans un vaste terrain vague qui domine le terminal portuaire. Mohsen est arrivé d'Iran il y a quinze jours. La police est venue mercredi «mais ils étaient gentils». Elle reviendra peut-être : selon Eric Besson, «un squat ou un campement est démantelé chaque semaine».