Séquestré, battu et humilié par ses «copains» à Bagneux

JUSTICE Le procès de la séquestration de Mathieu a débuté mardi à Nanterre...

Pierre Boisselet

— 

L’affaire Fofana a pesé lourdement sur les débats mardi devant la 18e chambre correctionnelle. C’est à Bagneux (92), la ville où Ilan Halimi avait été torturé à mort en 2006, que Mathieu a été séquestré, violenté et humilié pendant plus de cinq heures le 22 février 2008. Mais la comparaison s’arrête là: ni le caractère antisémite de l’agression - les prévenus savaient son père de confession juive - ni la préméditation n’ont été retenus comme circonstance aggravante de la «séquestration» et des «violences volontaires» commis en réunion et en raison de l’orientation sexuelle de la victime. Les prévenus sont six jeunes dont un mineur (jugé à part), que Mathieu décrivait comme des «copains».

A l’origine, une banale histoire de règlement de compte : deux des prévenus, Kevin Brunet et Seydou Kassenke soupçonnaient Mathieu, sans «en être sûr à 100 %» a reconnu Seydou, de leur avoir dérobé 200 euros en liquide et deux barrettes de shit. Quatre autres jeunes du quartier ont pris part à la séquestration.

«J’ai eu un coup de sang» s’est souvenu Kevin sans parvenir à expliquer le début des violences, dans sa chambre au domicile de sa mère. Pendant plus de cinq heures au total, Mathieu, ivre tout au long de la séquestration, a été insulté, frappé et forcé à boire de l’alcool fort. Entravé par des menottes, et transféré dans un «box» appartenant à un «complice» présumé, ses agresseurs lui aussi fait subir plusieurs humiliations à caractère homophobe. Le calvaire de Mathieu prendra fin après un dernier coup de pied porté à l’œil de la victime, après lequel il n’a plus de souvenirs. Deux des prévenus ont alors pris l’initiative de le ramener sur le seuil de la porte de ses parents. Pendant toute l’audience, les prévenus, taiseux, semblaient peu conscients de la gravité des faits reprochés. Ils encourent de cinq à dix ans de prison. L’audience doit se poursuivre mercredi.