Le Taser ou cinq ans de couacs en France

ARME Depuis son autorisation en 2004, le pistolet à impulsions électriques a fait couler beaucoup d'encre...

Catherine Fournier

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Un homme de 26 ans est mort vendredi en Californie (ouest) après avoir reçu une décharge du pistolet à impulsions électriques Taser pendant une intervention policière, a-t-on appris auprès des autorités.
Un homme de 26 ans est mort vendredi en Californie (ouest) après avoir reçu une décharge du pistolet à impulsions électriques Taser pendant une intervention policière, a-t-on appris auprès des autorités. — Fred Dufour AFP/Archives

Les policiers municipaux vont devoir renoncer à leur Taser. Le Conseil d'Etat en a décidé ainsi ce mercredi. Cette arme à impulsions électriques reste sujette à controverse et depuis son autorisation sur le territoire français il y a cinq ans, les rebondissements ont été nombreux. 20minutes.fr fait le point pour vous.
 
2004 Le Taser débarque
L'armée, la police nationale et la gendarmerie française commencent à être équipées avec le pistolet à impulsion électrique (PIE), Taser X-26, déjà utilisé outre-Atlantique. Pour les syndicats de policiers, le Taser est une «arme anti-bavures» qui maîtrise sa cible sans «effet secondaire». Aujourd'hui, 4.615 Taser sont déjà en service dans la gendarmerie et la police, selon les chiffres obtenus par l'AFP.
 
9 janvier 2006: 1ère mise en garde
Une note d'instruction à destination de la police nationale définit les modalités d'utilisation de cette arme par les policiers. Elle «déconseille fortement» son usage notamment dans certains cas («personnes cardiaques, femmes enceintes, influence de stupéfiants, imprégnation de liquides inflammables...»), et en proscrit formellement l'usage sur le conducteur d'un véhicule automobile en mouvement.
 
Juin 2007: le feuilleton Taser/Besancenot débute
Le leader de la Ligue communiste révolutionnaire (ex-NPA) déclare sur son blog que le pistolet électrique aurait «probablement fait taire plus de 150 personnes aux USA», des chiffres tirés d'un rapport d'Amnesty International. «Dans le meilleur des cas, il y a des doutes. Dans le pire, le Taser peut tuer», affirme-t-il. Olivier Besancenot est attaqué en diffamation par SMP Technologies, la société qui distribue le Taser en France.
 
Septembre 2007 2e mise en garde
Selon une étude publiée par la revue des Samu de France, l'innocuité du Taser paraît confirmée «lorsque les précautions d'utilisation sont strictement respectées».
 
Octobre 2007: Taser/Besancenot, épisode 2
L'affaire prend une nouvelle dimension avec la mise en examen de sept personnes, dont le directeur de Taser France, soupçonné d'avoir commandité l'espionnage d'Olivier Besancenot. Antoine di Zazzo reconnaît avoir engagé des détectives privés mais, dit-il, uniquement afin de trouver l'adresse de Besancenot pour lui envoyer son assignation.

Août 2008: un jeune homme blessé par un Taser
Une enquête est ouverte le 5 août à la suite de l'utilisation par un policier de Vernon (Eure) d'un Taser qui a blessé un jeune homme de 26 ans. Selon sa famille, qui a annoncé son intention de porter plainte, la victime a été atteinte à la tête par les électrodes lancées par le pistolet et qui auraient pénétré de huit millimètres dans la partie droite du front.
 
22 septembre 2008: Les policiers municipaux sont eux aussi équipés
C'est officiel. Après plusieurs demandes de maires, un décret du ministère de l'Intérieur autorisant l'utilisation du Taser par les policiers municipaux est publié au Journal officiel. Chaque maire devra toutefois demander au préfet une autorisation individuelle pour chacun de ses policiers qu'il souhaite voir s'équiper de cette arme controversée. Aujourd'hui, plusieurs dizaines de municipalités ont commencé à s'équiper de ce pistolet.
 
17 octobre 2008: Noël Mamère part lui aussi en guerre contre le Taser
Le député-maire Verts de Bègles annonce qu'il va déposer un projet de loi visant interdire la vente de pistolets Taser en France. Il indique par ailleurs qu'il assurera la défense d'Olivier Besancenot.
 
20 novembre 2008: 3e mise en garde
D'arme «non létale» en 2004, le Taser devient une arme à «létalité réduite» en 2008. Ce sont des documents officiels de la Police urbaine de proximité, dévoilés par «Backchich», qui le reconnaissent. Selon le site Internet, une note interne du ministère de l'Intérieur indiquait le 26 janvier 2004 que le caractère non-létal de cette arme était avéré. Quatre ans plus tard, le 17 mars 2008, une autre note du directeur de la police urbaine de proximité soulignait que ce pistolet à impulsions électriques faisait partie des armes intermédiaires à létalité réduite.
 
24 novembre 2008: Taser/Besancenot, dernier épisode
SMP Technologies est débouté par le TGI de Paris de son action contre Olivier Besancenot. Antoine Di Zazzo renonce à faire appel.

L'avis d'Amnesty International

Le Taser peut bel et bien tuer, et la police ne doit l'utiliser que dans les cas extrêmes. Ce sont les conclusions d'Amnesty International, qui a présenté le 16 décembre 2008 son rapport sur l'utilisation du fameux pistolet à impulsions électriques aux Etats-Unis. L'organisation de défense des Droits de l'homme affirme que 334 personnes sont mortes aux Etats-Unis entre 2001 et août 2008 après avoir subi le choc électrique d'un Taser. Or, environ 90% de ces personnes décédées n'étaient des menaces pour personne, souligne Amnesty. Conclusion: «Les Taser ne sont pas les armes "non-létales" qu'on a décrites».