Délinquance: des chiffres à prendre avec des pincettes

Maud Descamps

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Les statistiques ne sont pas très bonnes. Nicolas Sarkozy a décrété mardi la mobilisation générale du gouvernement et des forces de l'ordre pour tenter d'enrayer la dégradation récemment constatée des statistiques de la criminalité. Un phénomène déjà dénoncé par la gauche comme un échec de sa politique.
 
Convoqué à l'Elysée avec le directeur de cabinet du Premier ministre François Fillon, Jean-Paul Faugère, et des hauts responsables de la police et de la gendarmerie, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a rapporté à la presse que le chef de l'Etat avait demandé «de mobiliser les forces de sécurité» afin «d'améliorer les résultats de la lutte contre la délinquance».
 
Des chiffres, mais quels chiffres?

Selon un rapport publié en août par l'Observatoire national de la délinquance (OND) les violences contre les personnes et le nombre de cambriolages seraient en hausse par rapport à l'année passée. «Mais les chiffres publiés ne reflètent pas vraiment la réalité de l'évolution de la délinquance», précise Christophe Soullez, directeur de l'OND.
 
«Il s'agit du nombre de plaintes enregistrées par la gendarmerie et la police. Il est clair que certaines personnes sont victimes de délinquance mais ne vont pas forcément porter plainte», ajoute-il. «Les chiffres de l'OND ne sont rien d'autre que les chiffres des activités de la police», souligne Laurent Mucchielli, sociologue et directeur du centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP).

Un glissement de la délinquance?

Il faudra donc attendre novembre pour connaître la véritable évolution de la délinquance en France. L'OND et l'Insee publient chaque année les résultats d'une enquête côté victimes, qui compare les chiffres des plaintes et les faits rapportés par un échantillon sondé de la population. Néanmoins, le rapport publié par l'OND fin août permet de mettre en avant quelques tendances. Un chiffre attire particulièrement l'attention, celui de l'évolution du nombre de vols avec armes blanches: + 25%.
 
Pour Christophe Soullez, on peut imaginer «un transfert d'un type de délinquance à un autre. Si la police met beaucoup de moyens sur la lutte anti-drogue, on peut imaginer que certains délinquants se reportent sur un autre type d'activité comme le vol avec arme», avance-t-il. Mais comme le souligne Laurent Mucchielli, «il n'existe aucune étude sur le phénomène de transfert.»