Comment les profs vivent leur rentrée?

EDUCATION Leur charge de travail va-t-elle augmenter? Que pensent-ils des réformes? Et de leurs élèves? 20minutes.fr leur a posé la question...

Propos recueillis par la rédaction de 20minutes.fr

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La loi sur le droit d'accueil en cas de grève en primaire, qui connaîtra jeudi son premier grand test national avec la mobilisation annoncée des enseignants, montre plusieurs limites et de nombreuses communes l'estiment inapplicable.
La loi sur le droit d'accueil en cas de grève en primaire, qui connaîtra jeudi son premier grand test national avec la mobilisation annoncée des enseignants, montre plusieurs limites et de nombreuses communes l'estiment inapplicable. — Mychele Daniau AFP/Archives

Environ 850.000 enseignants ont fait leur rentrée mardi, pour être prêts à accueillir les collégiens et les lycéens ce mercredi puis les écoliers jeudi. Nouveau ministre, nouveaux élèves, nouvel emploi du temps... 20minutes.fr leur a posé trois questions pour savoir comment ils abordaient cette rentrée.
 
Est-ce que votre charge de travail augmente cette année?
 
Bertrand, professeur d'arts plastiques dans un collège du Val d'Oise: «En théorie, mon nombre d'heures reste le même (18 heures par semaine) mais on nous demande cette année plus de trucs interdisciplinaires comme de s'investir davantage dans la préparation du Brevet ou de participer plus activement aux réunions parents-profs. Il est déjà prévu quelques réunions le soir pour développer des projets entre collègues. Au final, on nous demande d'être plus présents. En revanche, il y a des efforts faits cette année avec l'informatique. Les emplois du temps sont mieux pensés, autant pour les profs que pour les élèves. Il devrait y avoir moins de trous.»
 
Marina, professeur d'allemand dans un collège de Seine-et-Marne: «Ma charge de travail a augmenté pour les projets annexes. Etant donné que mes collègues font de plus en plus d'heures sup' - 5 à 6h par semaine, payées en conséquence -, ils délaissent les itinéraires de découverte, sur l'expressionnisme allemand par exemple ou sur les indiens. C'est vraiment dommage car c'est ce genre d'activités qui ouvrent l'horizon des élèves et rend le collège attractif. C'est aussi une façon de rattraper des élèves perdus dans le cadre du cours traditionnel.»
 
Johanne, enseignante en maternelle en Ile-de-France: «Cette année, trois enfants ayant un handicap seront intégrés dans mon école, dont un dans ma classe. Les demandes d'aide spécialisée (indispensable) ont été faites, mais il y a près d'un an de retard dans le traitement des dossiers... Et j'ai déjà une classe de 26 enfants.»
 
Quelle réforme vous angoisse le plus? Quelle est celle qui vous satisfait le plus?

Johanne: «Les programmes en maternelle, qui tenaient auparavant dans un livre d'une centaine de pages, ont été changés l’année dernière; ils tiennent désormais en six pages. Il n'y est plus question, par exemple, de socialisation, mais d'apprendre à “devenir élève”. Rien ne me satisfait dans la réforme prévue par le gouvernement, tout est fait pour démanteler puis privatiser l'école maternelle.»
 
Bertrand, professeur d'EPS dans un lycée en Isère: «Ce qui m’agace le plus, c’est de voir qu’on met au centre l’économie, alors qu’on est face à des gamins. Cette gestion économique, cette notion de rentabilité me gênent. Du coup, on a une baisse des effectifs professoraux et une surcharge des classes. Ce qui me satisfait le plus dans les réformes, c’est la revalorisation du secteur professionnel, par exemple le Bac pro en trois ans. Enfin, c’est l’idée qui me satisfait. Après, faudra voir la mise en application...»
 
Marina: «Cette année, l'évaluation du socle commun de compétences en 6e devient obligatoire. Or, non seulement les enseignants sont mal préparés à cet examen, mais on ne leur laisse aucun temps pour se concerter sur le sujet. Dans aucune boîte privée on ne fait ça: mettre une nouveauté en place sans y préparer les salariés. Quant à la réforme du lycée, elle me paraît essentielle. Certaines pistes évoquées, comme l'absence de sciences dans la filière littéraire, me paraissent effarantes. Mais j'espère que le rapport Descoings sera pris en compte car il y avait beaucoup de bon sens dans ses remarques, comme donner plus de poids aux langues vivantes par exemple.»
 
Bertrand (arts plastiques): «J'appréhende que l'on nous demande d'intervenir dans des matières qui ne sont pas les nôtres. D'abord parce que ça va pénaliser les enseignants vacataires qui ne pourront plus faire leurs heures et puis parce que je ne cours pas spécialement après les heures supplémentaires. Moi, je suis prof d'arts plastiques. Tant que ça reste sur la base du volontariat, c'est ok, mais si ça devait être imposé, je ne serais pas d'accord.»

Qu'attendez-vous de vos élèves cette année? Changent-ils à chaque rentrée?

Bertrand (sports): «Le comportement des élèves, on le voit évoluer un peu. On s’adapte. On ne peut pas rejeter par exemple la présence des téléphones portables. Il est interdit chez nous, alors on prévient une ou deux fois et, en général, ça suffit.»
 
Marina: «Les élèves, eux, ne changent pas vraiment. Dans l'absolu, ils n'ont pas envie d'être là. Il faut donc réussir à les intéresser. C'est mon défi chaque année.»
 
Johanne: «La seule chose qui change vraiment, mais ce n'est pas nouveau, c'est que les enfants sont habitués à décider eux-mêmes, et ont du mal à accepter les contraintes. Ils viennent en tongs en hiver parce qu'ils avaient envie d'en porter ce jour-là, ils amènent une “tétine” même si c'est interdit... Et les parents apprécient peu les réflexions à ce sujet.»