En anglais, «les Français ne sont pas les plus forts, mais ils ne sont pas non plus les plus mauvais»

INTERVIEW Pour Anthony Harvey, le responsable en France du test d'anglais «Cambridge ESOL» (concurrent du Toefl), il ne faut pas tomber dans la fatalité...

Propos recueillis par Elodie Lestrade

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Plus d'un élève en difficulté scolaire sur cinq, à l'école élémentaire ou au collège, ne comprend pas ce qu'on lui demande de faire à l'école, selon un baromètre réalisé par le cabinet d'études "Trajectoires-réflex" pour l'Afev (étudiants bénévoles), publié mercredi.
Plus d'un élève en difficulté scolaire sur cinq, à l'école élémentaire ou au collège, ne comprend pas ce qu'on lui demande de faire à l'école, selon un baromètre réalisé par le cabinet d'études "Trajectoires-réflex" pour l'Afev (étudiants bénévoles), publié mercredi. — Joel Saget AFP/Archives
Les Français sont loin d’être les meilleurs en anglais. Ce sont les résultats 2008 du Toefl (Test of english as a foreign language) qui le disent. La France y est classée au 69e rang, sur 109 pays et nous vous avons demandé de réagir à ce sujet. Mais pour Anthony Harvey, responsable en France du «Cambridge Esol» (l’un des concurrents du Toefl), il est nécessaire de nuancer ces résultats.

Après la parution des résultats 2008 de votre concurrent, le Toefl, êtes-vous d’accord pour dire que la France est à la traîne, comparée à d’autres pays?

Le principe de base selon lequel les Français ne sont pas très forts en langue étrangère est difficile à contester. Mais ce que je conteste, c’est le fait de dire «les Français sont toujours aussi nuls en anglais». Pour moi, c’est trop facile et cela contribue à renforcer le problème. Chaque nation peut apprendre une langue étrangère. La France n’est peut-être pas en tête du championnat, mais je vois des signes d’amélioration.

Quels sont ces signes d’amélioration?

On peut par exemple parler de la loi Fillon 2005 qui a introduit de nombreux éléments intéressants et importants, comme l’apprentissage plus précoce, une plus grande importance accordée à l’oral ou encore l’intégration dans le système éducatif français du CERCL (Cadre européen commun de référence pour les langues). Ce dernier permet notamment de considérer l’anglais non pas comme un seul objet académique, mais également comme un outil de communication. Il y a aussi une plus grande exigence du niveau d’anglais dans les IUFM (Institut de Formation des Maîtres). Et puis, il faut prendre en considération les élèves du secondaire. Il y a un nombre croissant de sections européennes dans les lycées et les élèves de ces sections qui passent nos tests sont très forts.

Que doit faire la France pour améliorer son classement?

Derrière tout cela se pose une véritable question de culture et d’enseignement. Pas seulement dans la classe d’ailleurs, mais aussi à la maison. Pourquoi les grandes chaînes françaises ne passent-elles pas les films en version originale? Les Français paniqueraient-ils vraiment? Au Danemark par exemple, les films passent en version originale et sans les sous-titres. Et cela ne choque personne. C’est une question d’habitudes et d’approche culturelles. Il ne s’agit pas d’une critique. Les Anglais par exemple sont bien pires. Mais ils ont pour eux un avantage: il s’agit de leur langue maternelle. Comme d’autres pays, la France est dans un mouvement. Il ne faut pas céder à la fatalité et se rappeler que nous ne sommes peut-être pas les plus forts, mais nous ne sommes pas non plus les plus mauvais.