Danièle Karniewicz: «Sur la réforme de la retraite des mères, tout le monde est sur les nerfs»

INTERVIEW Danièle Karniewicz, présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, revient sur l'un des dossiers sensibles de la rentrée...

Recueilli par Alice Antheaume

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Femme enceinte
Femme enceinte — SIMONEN / LEHTIKUVA OY / SIPA

La retraite des mères de famille va être reformée. L’un des dix chantiers urgents de la rentrée pour le gouvernement. Vendredi matin, dès 9h, le ministre du Travail Xavier Darcos rencontre la Cnav (Caisse nationale d'assurance vieillesse) pour se mettre d’accord sur les orientations de cette réforme. Explications de la présidente de la Cnav, Danièle Karniewicz.

Quelle est la position de la Cnav sur la réforme de la retraite des mères?

On a prévu jeudi une réunion préparatoire avec les partenaires sociaux pour arrêter une position définitive. Actuellement, une femme salariée du privé ayant élevé des enfants peut bénéficier d'annuités supplémentaires (jusqu'à deux ans par enfant) pour le calcul de la durée de cotisation nécessaire à une retraite à taux plein. On pourrait garder d’office un an de majoration pour la mère, qui accouche et a un congé maternité. Ensuite, pour la deuxième année de la compensation, il y a deux solutions à l’étude: laisser le choix aux parents de décider qui profite de cette deuxième année, le père ou la mère ou donner la majoration à celui qui s’arrête, arrêts de travail à l’appui.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ces deux solutions?

La première, qui laisse le choix aux parents, se fait dans les pays nordiques et est très tentante. Sauf que, pour les parents séparés ou divorcés, c’est conflictuel, chacun voulant obtenir la majoration. Quant à la deuxième solution, qui donne la majoration à celui qui s’arrête, elle est compliquée à mettre en place. Car il n’est pas sûr que l’on puisse remonter le passé professionnel de chaque parent, en retrouvant chaque arrêt de travail d’une carrière. Le choix entre les deux solutions tiendra aussi à leur mise en œuvre. En attendant, tout le monde est sur les nerfs.

Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, et la CFTC veulent préserver des avantages pour les mères, déjà défavorisées au cours de leur parcours professionnel...

Oui, c’est la réalité. Les employeurs savent bien que les femmes doivent rentrer plus vite à la maison quand leur môme a de la fièvre et cela joue dans leur carrière. En moyenne, les femmes touchent 77% de la retraite des hommes. La majoration actuelle leur donne une plus-value de 19%. Mais même avec ça, elles ne sont pas à 100% de leur retraite. Néanmoins, ce n’est pas à la retraite d’abolir les inégalités hommes/femmes au cours de la vie professionnelle. Idéalement, ce serait à la politique familiale de s’en charger pour empêcher ces aberrations.