Algues vertes: Fillon risque de s'enliser

REACTIONS L'Etat se saisit «enfin» du problème des marées vertes, mais les moyens pour lutter contre la prolifération des ulves restent dérisoires...

Maud Descamps

— 

Sur les plages de la baie de Saint-Michel-en-Greve, comme sur beaucoup de plages bretonnes, prolifèrent les «algues vertes» (Ulva Lactuca), suite à une pollution d'origine principalement agricole.
Sur les plages de la baie de Saint-Michel-en-Greve, comme sur beaucoup de plages bretonnes, prolifèrent les «algues vertes» (Ulva Lactuca), suite à une pollution d'origine principalement agricole. — LEPAGE/SIPA

C'est une petite victoire pour les riverains. François Fillon a annoncé, ce jeudi, une série de mesures sur le nettoyage des plages bretonnes envahies par les algues vertes, les ulves, dont il a confirmé le «danger pour la santé». Fin juillet, un cheval a été tué en une minute par les gaz dégagés par les algues.

Une étude vient de démontrer la toxicité de ces algues. Une première. «Nous sommes très content que cela soit enfin reconnu», explique Yves-Marie Lelaye, de l'Association sauvegarde du Trégor, à 20minutes.fr. «Ça fait des années que nous disons que les ulves sont toxiques, mais les études précédentes ne l'avaient jamais montré», ajoute-il.
 
Des aides, mais à quelle hauteur?

Désormais, c'est l'Etat qui prendra en charge le nettoyage des plages envahies par les «marées vertes». Un soulagement pour les communes et pour le département qui finançaient, jusque-là, le ramassage. «C'est une bonne nouvelle que l'Etat se saisisse enfin du problème», confie Monique Le Clezio, première vice-présidente, PS, du conseil général des Côtes d'Armor. «Mais je reste vigilante, aucun chiffre n'a été avancé par le Premier ministre ce matin».

>> A lire également: les ulves, ces algues qui tuent, ici
 
Chaque année, le ramassage et le stockage des algues coûtent environ 300.000 euros au département. «Cela représente 80% du coût, les 20% restants sont à la charge des communes», explique la vice-présidente du conseil général. «Mais on ne sait pas si l'aide annoncée par François Fillon porte sur 100% du ramassage ou sur les 20% à la charge des communes».
 
Quid de l'après le ramassage?

De plus, aucune mesure n'a été annoncée sur le transport et le stockage des ulves. Car une fois ramassées, elles doivent être conduites sur des plateformes de compostage. Un coût supplémentaire à celui du nettoyage des plages, sur lequel le Premier ministre ne s'est pas exprimé. «On ne peut pas être contre ces mesures, mais où va-t-on stocker les algues», s'interroge Yves-Marie Le Laye, président de l'association sauvegarde du Trégor. L'interrogation est la même du côté du conseil général. «Qui va payer pour le transport des algues?», demande Monique Le Clézio, «On ne fait que déplacer les algues, mais ce n'est pas suffisant».
 
Le Premier ministre a confirmé la mise en place d'une mission interministérielle qui «dans les trois mois» devra «bâtir un plan d'action pour lutter contre la prolifération des algues vertes et proposer des solutions efficaces de ramassage et de protection de la population». Pour Monique Le Clezio il faut aller plus loin et repenser les cultures sur certaines zones. «Le ramassage ne fait pas disparaître les algues. C'est un traitement palliatif et non-curatif du problème», ajoute Yves-Marie Le Laye.
 
Le problème à la source

Les associations comme le conseil Général réclament un changement en profondeur des modes de productions agricoles. Des cultures intensives à l'origine de la prolifération des algues. «Il faut que l'Etat propose des co-financements pour accompagner les agriculteurs qui souhaitent faire des efforts et réduire leurs intrants agricoles», explique Monique Le Clézio.
 
Le phénomène des «marées vertes» est loin d'être nouveau. Cela fait près de trente ans que les ulves envahissent les plages de la région l'été. Plusieurs mesures ont déjà été prises pour réduire le taux de nitrate, qui permet à l'algue de proliférer, dans les eaux de la région. Si elles se sont montrées efficaces, elles ne sont pas suffisantes. Le taux de nitrate dans les eaux de la région reste trop élevé.
 
Les experts de l'Ineris, auteurs de l'enquête sur la toxicité de l'algue, préconisent, à court terme, d'interdire l'accès à la zone concernée et d'équiper de systèmes de détection portables le personnel chargé du ramassage des algues vertes sur les plages. A long terme, les mesures devront être plus draconiennes, mais surtout plus coûteuses.