Prisons: de nouveaux établissements pour mettre fin aux problèmes?

JUSTICE 5.000 nouvelles places doivent être construites en 2009, mais pour les observateurs, cela ne réglera pas tous les problèmes...

Elodie Lestrade

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Justice et administration pénitentiaire ont été pointées du doigt mardi à Nancy pour n'avoir pas décelé des maltraitances et actes de torture sur un détenu, dont les meurtriers présumés, ses deux compagnons de cellule, sont jugés par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle.
Justice et administration pénitentiaire ont été pointées du doigt mardi à Nancy pour n'avoir pas décelé des maltraitances et actes de torture sur un détenu, dont les meurtriers présumés, ses deux compagnons de cellule, sont jugés par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle. — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives
En juin dernier, constatant devant le Congrès que les prisons françaises étaient une «honte pour notre République», Nicolas Sarkozy a promis la construction de nouveaux établissements pénitentiaires.

Moins de deux mois plus tard, le ministère de la Justice assure: «Cela se poursuit activement.» Selon un porte-parole, il devrait y avoir 5.000 nouvelles places dans sept nouveaux établissements au cours de l’année 2009. L’objectif est double selon lui. Il s’agit d’«augmenter la capacité du parc pénitentiaire» et de «fermer les maisons d’arrêts les plus vétustes».

«De la poudre aux yeux»

Certains s’interrogent toutefois sur la finalité de ces nouveaux établissements. Pour Laura Petersell, de l’association «Ban Public», «c’est de la poudre aux yeux». La création de nouvelles prisons ne permet pas de lutter contre le problème de la surpopulation carcérale. Cela créé au contraire un cercle vicieux qui fait que plus il y a de places, plus il y a de prisonniers. «C’est un appel d’air total», lance-t-elle à 20minutes.fr, «cela ne résout pas le problème et consiste à refuser de se poser les bonnes questions».

Au lendemain des mesures annoncées par Michèle Alliot-Marie pour lutter contre les suicides en prison, les questions affleurent. La fabrique de nouvelles prisons est-elle vraiment la solution? Si la Chancellerie considère ces nouveaux établissements comme déterminants, Jérôme Capdevielle, élu national du syndicat FO Pénitentiaire, remarque que la construction d’établissements modernes «ne suffit pas pour endiguer le problème des suicides en prison». «Si quelqu’un veut mettre fin à ses jours, il trouvera toujours le moyen de le faire», explique-t-il à 20minutes.fr.

«Mettre de l’humain dans les prisons»


Le docteur Louis Albrand, auteur du rapport remis en avril au ministère de la Justice, juge que «tout cela est insuffisant». Il en veut pour preuve le fait qu’«il y a déjà eu deux suicides à la prison de Lyon-Corbas», un établissement qui a ouvert ses portes il y a quelques mois à peine. Pour réhabiliter les prisons françaises, il ne suffit pas d’ouvrir des établissements modernes. Ce qu’il préconise, c’est avant tout de «mettre de l’humain dans les prisons».

Car les nouveaux établissements ont beau être modernes, ils sont «de moins en moins humains et ressemblent à Big Brother devenu réalité», selon lui. «C’est la conception même de prison qu’il faut réformer», explique-t-il à 20minutes.fr. Selon les derniers chiffres de  l'administration pénitentiaire, il y avait au 1er août 62.420 détenus pour 51.000 places.