Retour de la croissance: parler de reprise économique, «c'est très exagéré»

William Molinié

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Le dollar se stabilisait face à l'euro mardi matin sur le marché des changes, les cambistes espérant trouver de nouvelles indications sur l'évolution des taux d'intérêt dans les minutes de la Réserve fédérale américaine (Fed).
Le dollar se stabilisait face à l'euro mardi matin sur le marché des changes, les cambistes espérant trouver de nouvelles indications sur l'évolution des taux d'intérêt dans les minutes de la Réserve fédérale américaine (Fed). — Philippe Desmazes AFP/Archives
On l’aurait presque oubliée, mais la crise est bien là. L’annonce des derniers chiffres de l’Insee, qui évalue le PIB français au second trimestre à +0,3%,  a été suivi d'une volée de réjouissances  à droite.   «Cette hausse conforte pleinement le gouvernement dans sa politique économique en faveur de l'activité et de la compétitivité du pays», s'est aussitôt félicitée Christine Lagarde sur RTL.
 
Pourtant, l’expression «reprise de la croissance» est à prendre avec des pincettes. «Ce terme est vraiment très exagéré», analyse Nicolas Bouzou, maître de conférence à Sciences-Po Paris et directeur d’Asterès, une société d’analyse économique et financière.
 
L'augmentation du PIB , un trompe l'oeil. 

Certes, le produit intérieur brut a augmenté de 0,3%. Mais cette hausse est davantage due à l’amélioration du solde du commerce extérieur plutôt qu’une reprise réelle de l’activité. «Les exportations avaient énormément chuté, entraînant avec elles le PIB. Là, elles stabilisent, voire s’améliorent un petit peu», commente l’économiste.
 
La deuxième explication, «c’est la consommation qui a toujours progressé en France grâce à un système où il y a beaucoup de retraités et de fonctionnaires qui sont moins touchés par la crise». Et puis, dans le même temps, «il y a eu une forte baisse de l’inflation».

Une reprise made in Asia.

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la reprise économique arrive d’Asie et non des Etats-Unis. «Jusqu’à présent, elle avait un trajet Ouest-Est. Aujourd’hui, elle vient d’Asie pour gagner l’Allemagne puis la France. Ce n’est pas étonnant d’ailleurs que les deux pays connaissent la même situation. Les deux économies sont en même temps très imbriquées», constate-t-il.

Une hausse trop faible pour endiguer la montée du chomâge. 

Pour autant, la crise n’est pas encore enterrée. «Ce que les gens regardent, c’est la feuille de paye à la fin du mois. Les chiffres de la croissance sont encore trop faibles. Le PIB est de 0,3% alors qu’il faudrait une croissance d’au moins 1,5% pour que le chômage baisse dans ce pays. En 2010, elle devrait être entre 0,5 et 1%», ajoute Nicolas Bouzou. Autrement dit, les Français vont devoir attendre avant de ressentir une amélioration de leur pouvoir d’achat.
 
Nombreux risques de rechute.  

Ne pas aller trop vite en besogne… C’est en substance ce que conseille le dirigeant d’Asterès. «Les risques sont encore nombreux. Par exemple, si les taux d’intérêts à long terme augmentent, le crédit immobilier deviendrait incontrôlable. Il y a toujours la crainte de défaillance d’un  Etat, comme un pays balte, qui sèmerait la panique sur les marchés mondiaux. Et si le dollar baisse et que l’euro augmente dans le même temps, ça pourrait faire baisser la consommation, donc augmenter le chômage.»