Réglements de compte chez les secouristes ?

SOCIAL Le ministère de l'Intérieur vient de lever l'autorisation d'exercer de 600 bénévoles d'une petite structure de secourisme...

William Molinié

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  — DR / UMPSA
Depuis samedi, les 600 bénévoles de la Fédération unité mobile de premiers secours, assistance médicale (UMPSA), n’ont plus le droit de former aux premiers secours ni d’encadrer les manifestations. Un arrêté paru dans le Journal Officiel vient en effet de lever leur agrément de sécurité civile.
 
«Je ne comprends vraiment pas cette décision. J’ai appris la nouvelle par des officiers des pompiers de Paris qui l’ont reçu dans leur boîte mail», explique le président national de l’UMPSA, Fabrice Lancelot. Ce dernier est à la tête de 600 bénévoles, quatre salariés et une vingtaine de vacataires répartis dans 30 départements. Tous en danger aujourd’hui.
 
Depuis le début de l’année, deux contrôles ont été réalisés par l’inspection générale des services du ministère de l’Intérieur (IGAS). Des inspections ordinaires censées observer les bénévoles ainsi que l’environnement administratif de la fédération. «Le rapport révèle un vrai professionnalisme et une réputation exemplaire»,  aux dires de Fabrice Lancelot. D’après lui, seules quelques irrégularités administratives ont été relevées. «Mais on a tout rectifié en signant un contrat de 20.000 euros avec un cabinet de comptable», assure-t-il.
 
Deux-cents événements prévus
 
Depuis sa création, en 2004, l’UMPSA a réussi à se faire un nom dans la profession, en couvrant de grands événements comme le Triathlon de Paris et celui d’Embrun, l’un des plus grands d’Europe, le Zénith de Clermont-Ferrand ou encore les championnats d’équitation en région parisienne. Le carnet de commande était même rempli jusqu’en décembre, avec 200 événements programmés.
 
«On récupère beaucoup de contrats. J’ai l’impression qu’on veut nous couper dans notre élan alors qu’on était en pleine expansion», suspecte, en réclamant l’anonymat, une responsable UMPSA d’un des départements d’Ile-de-France. «Vu qu’on n’a pas d’explication, on peut se demander si on ne fait pas l’objet d’un règlement de compte ou de convoitises de la part des grandes structures de secourisme [Croix-Rouge Française, Ordre de Malte, Protection civile…, ndr]  qui sont des partenaires privilégiés de l’Etat», ajoute-t-elle.

Un ancien responsable local de l'UMPSA évoque, quant à lui, des problèmes internes, d'ailleurs à l'origine de son départ. «L'UMPSA est la plus petite des fédérations de secourisme. Qu'est-ce que la Croix Rouge en aurait à faire ? Je crois que le problème, c'est surtout la tête de la fédération qui fait n'importe quoi. Au détriment bien sûr des antennes départementales», explique-t-il.

La justice est saisie
 
L’interdiction d’exercice va sans doute poser un problème pour les sapeurs-pompiers de Paris, qui se reposaient en partie depuis octobre 2007 sur les petites mains de la fédération. Les bénévoles étaient d’ailleurs intégrés à un système de gardes. Sur l’année 2009, environ cent-soixante gardes devaient être attribuées à l’UMPSA, soit le double de l’année dernière.
 
Mais pour l’heure, la direction de la défense et de la sécurité civile (DDSC) a saisi le parquet du tribunal de grande instance de Paris où une partie des rapports a été transmise au procureur de la République. Ils assurent avoir prévenu la fédération à temps. «Nous avons fait deux inspections sur plusieurs mois. Les rapports présentaient des problèmes. Nous leur avons adressé un courrier mais ils n’y ont pas répondu. Ils avaient pourtant un mois», explique-t-on à la DDSC, sans détailler le contenu du rapport. L’UMPSA va déposer dès mercredi matin une requête auprès du juge des référés pour pouvoir, le temps de l’enquête, continuer d’exercer.