Le jeune de Bagnolet n'aurait pas été heurté par une voiture de police

BAGNOLET C'est ce que révèlent les premiers éléments de l'enquête, une autre expertise va avoir lieu dans les jours qui viennent...

William Molinié (avec agence)

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Bagnolet:Un jeune homme qui fuyait la police s'est tué, le 10 août 2009.
Bagnolet:Un jeune homme qui fuyait la police s'est tué, le 10 août 2009. — IDE

Le jeune Yakou Samogo a-t-il été percuté par une voiture de police? Selon le procureur adjoint du tribunal  de Bobigny Philibert Demory, «rien pour l'instant ne permet d'établir qu'il y a eu un contact», affirme-t-il dans une conférence de presse ce lundi soir. Selon les premiers éléments de l'enquête sur la mort, dimanche soir, d'un jeune à Bagnolet, dans le cadre d'une course-poursuite avec la police, Yakou Sanogo, 18 ans, est mort d'un «traumatisme thoracique profond». L'autopsie s'est déroulée dans la journée. Le jeune homme a percuté le poteau d'une rambarde métallique.

Le magistrat a précisé que l'IGS (la police des polices) poursuivait son enquête. Elle a commencé à auditionner, ce lundi, les témoins ainsi que les policiers présents lors du drame. Un expert de la gendarmerie nationale va être saisi mardi matin, afin d'écarter toutes les zones d'ombre. L'expertise devrait concerner principalement la moto et les circonstances de l'accident.

Colère des bandes

Dimanche soir à Bagnolet, des bandes ont manifesté leur colère en saccageant un abribus, renversant et mettant feu à des poubelles et en brûlant des voitures. 

 
«A la suite de l’accident, des collègues de la BAC 93 ont été essuyé des tirs d’armes à feu, et notamment de fusil à pompe», explique à 20minutes.fr, Loïc Lecouplier, secrétaire régional 93 d’Alliance. En conséquence, le nombre de forces de l’ordre dans la ville a été renforcé. «Un dispositif a été mis en place conjointement avec la commune de Bagnolet», ajoute-t-on à la préfecture du département.
 
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a «appelé au calme» et annoncé dans un communiqué la tenue d'une réunion le 31 août avec «une vingtaine d'associations de quartiers sensibles» sur les relations entre jeunes et police.
 
Moto non-autorisée
 
D’après les premiers éléments de l’enquête, le jeune homme était en moto-cross 125cm3 YZ, interdite de circulation en ville, et roulait «à vive allure» suivi de «plusieurs voitures de police». «Une voiture grise banalisée était derrière lui et j'ai vu un homme sortir un gyrophare bleu et le poser sur le toit de la voiture. Et la sirène a commencé à crépiter. La voiture a suivi la moto en tournant à droite et quelques minutes après, c'était l'accident», raconte Jocelyne, une quinquagénaire, résidant non loin du lieu de l'accident et qui a requis l'anonymat.
 
Malgré des témoignages contradictoires, la préfecture de Seine-Saint-Denis assure qu’il n’y a pas eu de collision entre la voiture des fonctionnaires et le jeune homme. «Les deux véhicules ont été saisis. Il n’y a aucun impact et les policiers se tenaient à plusieurs dizaines de mètres quand il y a eu l’accident», explique un porte-parole.
 
Double-enquête
 
Pour autant, les jeunes de Bagnolet continuent de tenir la police pour responsable de l’accident, et donc de la mort du livreur de pizza qui ne travaillait pas ce soir-là. La tension est montée d’un cran toute la journée de lundi encore, durant laquelle un technicien de BFM TV a même reçu un coup de poing en plein visage par un motard qui s'est arrêté à sa hauteur avant de repartir sitôt son geste accompli. Le membre de l’équipe de tournage, qui est tombé à terre, s'est relevé le nez en sang, après avoir lâché la caméra qu'il avait en mains.

L’affaire est désormais confiée à l’IGS, la police des polices. Elle a ouvert une deux enquêtes. La première est judiciaire, pour comprendre les circonstances de l’accident et pourquoi Yakou Sanogo ne s’est pas arrêté à la demande des policiers . La seconde est administrative, pour évaluer la responsabilité ou non des fonctionnaires de police dans la mort du jeune homme.