Nouvelle-Calédonie: «Je n'imagine pas une rébellion contre le pouvoir régalien»

INTERVIEW Pour l'historien Frédéric Angleviel, le conflit est bel et bien terminé...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Après la signature d'un protocole d'accord entre la compagnie aérienne Aircal et le syndicat indépendantiste USTKE, le calme est revenu à Nouméa, mais pour combien de temps? Le point avec Frédéric Angleviel, spécialiste de l'histoire politique de la Nouvelle-Calédonie.

Vous êtes sur place, quelle est la situation à Nouméa?
Après la signature du protocole d'accord, l'USTKE a fait le tour de la ville en klaxonnant pour célébrer sa victoire. Les blocages ont été levés, à part à Saint-Louis, théâtre d'épiphénomènes récurrents, où vit une tribu particulièrement en difficulté.

Le conflit est-il bien terminé?
Les manifestations de joie de l'USTKE ne laissent pas de doutes à ce sujet. Cependant, leur leader Gérard Jodar est toujours emprisonné. Mais celui-ci a été condamné après un procès régulier, et je n'imagine pas l'USTKE entrer en rébellion contre le pouvoir régalien.

L'USTKE n'a-t-il pas juste voulu faire parler de lui?
L'USTKE a créé en 2007 un parti politique, le Parti travailliste, qui a obtenu 3 sièges aux élections provinciales en mai dernier. Son ambition est d'être plus radical que les autres indépendantistes, qui du coup apparaissent modérés. L’USTKE veut se placer en tête des événements sociaux.

Ne risque-t-il pas de poursuivre les coups de force pour asseoir sa crédibilité?
Je ne pense pas. Les syndicalistes de l’USTKE mènent une action à long terme, et il n'y a pas d'échéance électorale avant 5 ans. Ils vont probablement poursuivre leur combat syndical, comme ils l'ont toujours fait. Ils n'ont aucun intérêt à s'engager dans un conflit qui risquerait de les dépasser. Ils ont une belle bataille à mener contre la vie chère et les licenciements qui s'annoncent, avec la chute des prix du nickel.

Un référendum d'autodétermination doit avoir lieu entre 2014 et 2018, cela ne risque-t-il pas de raviver les tensions?
Le Parti travailliste veut mordre sur l'électorat des indépendantistes traditionnels. Mais pour ça, il doit mener sa barque sereinement. Son intérêt est plutôt de s'appuyer sur un discours politique sur les inégalités sociales et prônant une indépendance rapide, sans faire peur aux modérés.