L'aide au développement de l'Afrique se jouera au Loto

SOLIDARITE La France ne manque pas de créativité pour gonfler son aide publique au développement en y intégrant des financements innovants qui ne devraient pas y être comptabilisés...

Maud Descamps (avec agence)

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Un joueur, qui avait validé son bulletin sur internet, a remporté samedi soir la cagnotte de 14 millions d'euros en jeu à l'occasion du premier mois d'existence du nouveau Loto dont le tirage était retransmis sur France 2, battant du même coup un record datant près de dix ans.
Un joueur, qui avait validé son bulletin sur internet, a remporté samedi soir la cagnotte de 14 millions d'euros en jeu à l'occasion du premier mois d'existence du nouveau Loto dont le tirage était retransmis sur France 2, battant du même coup un record datant près de dix ans. — Stephane de Sakutin AFP/Archives

 Quand la «poule au gibier» devient la poule aux œufs d'or, l'Afrique dit bingo! La France étudie «la création d'un jeu spécifique pour l'Afrique», un loto ou un bingo en ligne, qui compléterait l'aide publique au développement. Un projet qui s'inscrirait dans le cadre des «financements innovants», a déclaré jeudi le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet.
 
Le gain généré n'est pas astronomique. «Il pourrait rapporter environ 10 millions d'euros par an», a estimé le secrétaire d'Etat. Peanuts à côté des 119 milliards de dollars de l'aide mondiale apportée en 2008, mais c'est l'intention qui compte. «Une partie de la mise irait à la bonne cause, permettant de sensibiliser la population» à l'aide des plus pauvres et mobiliser «les diasporas», a-t-il fait valoir. Le secrétaire d'Etat a indiqué en avoir parlé avec la Française des Jeux, l'entreprise publique qui gère les jeux et les paris en France. Le jeu pourrait même être exporté en Europe, selon lui.
 
La France réduit son aide, mais comble les trous

Outre le loto, d'autres financements innovants sont à l'étude, comme une réduction des coûts bancaires des transferts d'argent des migrants vers leur pays d'origine, une imposition sur les transactions financières et de change, une contribution volontaire de 50 centimes sur les billets de trains internationaux, et une autre de 20 centimes d'euros par manuel scolaire payé par les collectivités locales.

Le système dit des «financements innovants» pour lutter contre la pauvreté et les maladies a été adopté par une quinzaine de pays et envisagé par une trentaine d'autres. Son application la plus connue est celle de la taxe sur les billets d'avion. Depuis leur création il y a trois ans, ces financements ont permis de récolter deux milliards de dollars. Une somme qui, normalement, doit s'ajouter à l'aide publique mondiale.
 
C'est légal, mais pas moral

Mais dans un rapport remis au Premier ministre le 31 juillet sur l'aide publique au développement, la députée UMP, Henriette Martinez, indique: que «le débat sur l'additionnalité des contributions (…) a été tranché cette année par l'intégration de notre contribution lors de la dernière déclaration de notre APD (Aide pour le développement, ndlr)». Autrement dit, la France comptabilise, dans son aide publique au développement, les sommes récoltées par ses projets innovants.
 
Une pratique que dénonce l'organisation non gouvernementale Oxfam. «La France a décidé d'inclure dans le calcul la taxe de solidarité sur les billets d'avion pour ne pas avoir à faire d'effort sur l'aide publique», explique Sébastien Fourmy, porte-parole d'Oxfam, à 20minutes.fr. «Mais la pratique est légale, elle correspond aux critères qui ont été fixés» par l'OCDE, regrette-il.
 
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