Sarkozy à l'hôpital: un cas typique de «prise en charge VIP»

SANTE Pour l'urgentiste Patrick Pelloux, si on en fait plus pour un Président que pour un quidam, ce n'est pas forcément à son bénéfice...

Julien Ménielle

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Nicolas Sarkozy quitte l'hôpital du Val-de-Grâce où il a passé la nuit après un malaise, escorté par des membres de l'équipe médicale,le 27 juillet 2009.
Nicolas Sarkozy quitte l'hôpital du Val-de-Grâce où il a passé la nuit après un malaise, escorté par des membres de l'équipe médicale,le 27 juillet 2009. — CHAMUSSY/SIPA

Un joggeur fait un malaise et termine aux urgences, rien de plus banal. Mais quand le sportif du dimanche s'appelle Nicolas Sarkozy, l'événement prend forcément une tournure exceptionnelle. La communication comme la prise en charge médicale s'en trouvent bouleversées. Ainsi, rapidement après l'annonce du problème de santé présidentiel, Patrick Balkany annonce que son ami n'a rien, et a fait un simple malaise vagal.

Eliminer les autres causes avant de se prononcer

«Dire "c'est un malaise vagal" si tôt c'était une connerie. Si un de mes internes fait ça il prend mon pied au cul», annonce à 20minutes.fr Patrick Pelloux président de l'Association des médecins urgentistes français (AMUF). Depuis, l'annonce officielle a précisé qu'il s'agissait d'un «malaise lipothymique d'effort soutenu par grande chaleur». C'est-à-dire sensiblement la même chose au bout du compte, le professeur Pascal Guéret de l'hôpital Henri-Mondor ayant décrit le phénomène comme «la forme un peu avortée du malaise vagal».

Peu importe, malaise vagal ou lipothymique, pour Patrick Pelloux, avant de se prononcer, «il faut avoir éliminé les causes possibles». Et de citer des problèmes cardiologiques, neurologiques, pulmonaires, vasculaires ou hormonaux. Ce qui implique en priorité un examen clinique complet, un électrocardiogramme pour surveiller l'activité cardiaque, et une prise de sang pour dépister différentes anomalies métaboliques.

Excès de zèle

«A priori, on ne prescrit un électro-encéphalogramme qu'à un patient qui a subi une vraie perte de connaissance», relève l'urgentiste. Or le communiqué de l'Elysée précise que ce n'est pas le cas. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale, elle, recherche une atteinte neurologique de type accident vasculaire cérébral. Pour Patrick Pelloux, l'examen ne concerne que les tableaux neurologiques inquiétants, là encore «avec notamment une perte de connaissance».

S'il juge que l'examen n'est pas inutile en l'occurrence, il précise toutefois que «souvent aux urgences on ne fait pas d'IRM». Selon lui, en effet, «on ne voit rien quand c'est fait si tôt». Il prend d'ailleurs le pari que Nicolas Sarkozy en repassera une «dans 24 à 48 heures». De même, Patrick Pelloux annonce que la surveillance est importante en cas de malaise, mais évoque un «principe de précaution» lié à la fonction du patient pour justifier une hospitalisation si longue pour un simple malaise.

Un statut de VIP qui nuit à la qualité de la prise en charge

Un cas typique de «prise en charge VIP», explique Patrick Pelloux. Selon lui, quand ils ont affaire à une personnalité, «les médecins soignent leur propre angoisse». A fortiori quand il s'agit du président de la République: «On n'a vraiment pas le droit de se louper.» Il raconte que le phénomène est incontournable, même si «la rigueur médicale veut qu'on en fasse ni plus ni moins que pour toute autre personne».

Un «péché par excès» qui nuit à la qualité même de la prise en charge médicale, selon lui. «Dans ces cas-là, tout le monde veut donner son avis», provoquant une cacophonie peu compatible avec la fameuse «rigueur médicale». Sans parler du fait que, «si tous les malaises étaient traités comme ça, on se ferait taper sur les doigts par la Sécu», glisse Patrick Pelloux, en référence au coût des examens pratiqués. A moins qu'il ne s'agisse pas d'un simple malaise. L'urgentiste élude: «Toutes les hypothèses sont crédibles.»

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