Le salaire des futurs agents de l'État pourrait être diminué

Laure de Charette

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Dans la foulée de la crise sociale qui a secoué, notamment, les Antilles, l'hiver dernier, les sénateurs ont décidé de plancher sur la situation dans les départements d'outre-mer. Après trois mois d'auditions et de débats, ils jugent nécessaires de dépasser l'« ignorance » qui « suscite des sentiments ambigus » entre « fierté et culpabilité refoulée, compassion et exaspération ».

Leur rapport, rendu public hier, a pour ambition de refonder les relations entre les DOM et l'Hexagone, via des propositions concrètes sur le développement durable, la formation, le logement, les prix, etc. Il recèle surtout une proposition choc : « réajuster les majorations de traitement des fonctionnaires au différentiel réel du coût de la vie ». Traduction : les élus du palais du Luxembourg proposent purement et simplement de baisser le salaire des futurs agents de la fonction publique. L'ajustement n'interviendrait que pour les nouveaux contrats. Actuellement, tous les employés du secteur public touchent des primes de vie chère de l'ordre de 53 % de leur salaire de base à la Réunion, et de 40 % dans les trois autres DOM (Martinique, Guadeloupe, Guyane). A l'origine, ces primes ont été créées pour compenser le surcoût de la vie. Seulement aujourd'hui, la vie outre-mer ne coûterait, selon des estimations encore imprécises, que 20 % plus cher qu'en métropole. Les salaires proposés aux milliers de nouveaux agents seraient donc imputés de la différence entre le coût supposé et le coût réel.

Le Sénat souligne que les surrémunérations actuelles « mettent en péril les budgets locaux et ont pour effet pervers de tirer les prix à la hausse, entraînant la paupérisation de toute une partie de la population ». L'argent économisé par l'Etat et les collectivités - 720 millions d'euros environ - serait réaffecté directement dans les économies locales, afin d'accélérer le rattrapage en matière d'équipements. W