La commission Hirsch ne tranche pas sur la question des ressources des jeunes

JEUNESSE Le Livre vert présenté ce mardi propose deux solutions et renvoie la balle au gouvernement...

Catherine Fournier

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L'indépendance financière des jeunes, étudiants, apprentis ou salariés débutants, sera au coeur des débats de la commission de concertation que réunit mardi le Haut-commissaire à la Jeunesse, Martin Hirsch.
L'indépendance financière des jeunes, étudiants, apprentis ou salariés débutants, sera au coeur des débats de la commission de concertation que réunit mardi le Haut-commissaire à la Jeunesse, Martin Hirsch. — Gerard Cerles AFP/Archives

Quatre mois de débats, quarante-deux réunions, 170 heures de concertation entre une quarantaine d'organisations et au final 57 propositions... Ce lourd bilan de la commission Hirsch sur la Jeunesse, dont la dernière réunion s'est achevée lundi soir, n’a pas pour autant permis de prendre une décision sur la question clé du débat: celle des ressources, centrale dans l'accès à l'autonomie des jeunes.

«C'est frustrant de ne pas être parvenu à un accord sur ce point, alors qu'on y a passé énormément de temps, au détriment d'autres sujets», déplore Claire Guichet, représentante de la Fage au sein de la commission.

A la recherche du consensus

Certaines organisations reprochent à Martin Hirsch de ne pas avoir tranché, cherchant trop le consensus. «Il s'est comporté comme un président d'association dont nous étions les membres, et non comme un membre du gouvernement», critique la Fage.

Le rapport propose effectivement deux solutions, laissant au gouvernement le soin de trancher. De l'avis des participants, le Haut commissaire à la Jeunesse était pourtant nettement en faveur de l'une des options: un système de dotation. Dès ses 15 ans, le jeune aurait la possibilité d'ouvrir un compte abondé par l'Etat en fonction de la situation fiscale de ses parents. La somme, perçue entre 18 et 25 ans sous certaines conditions, s'élèverait entre 1.000 et 4.000 euros, pour un coût total de 1,6 milliard d'euros. Un peu moins de trois millions de jeunes seraient concernés.

«Le jeune, ce n'est pas une startup»

A cela, s'ajouterait un complément universel de 1.000 euros, versé à tous les jeunes à l'âge de 18 ans. Une somme en partie financée par un redéploiement des allocations perçues par les familles au-delà de la majorité de leurs enfants. Ce dispositif, défendu également par l'UNI (organisation étudiante, à droite), prévoit la possibilité d'un emprunt d'un montant de 10.000 euros garanti par l'Etat.

Une proposition loin de faire l'unanimité, car jugée insuffisante et risquée. «On est sceptique sur le fait que les jeunes commencent par s'endetter», observe Benoît Mychak, de la Cnajep, qui réunit 70 mouvements nationaux de jeunesse et d’éducation populaire. Un avis partagé par l'Unef, syndicat étudiant de gauche. «Le jeune, ce n'est pas une startup, dénonce Jean-Baptiste Prévost, président de l'Unef. En plus, ce système d'emprunt favorise les inégalités car certains pourront se permettre de prendre ce risque alors que d'autres non.»

Un RSA jeunes?

L'Unef se félicite que sa proposition d'allocation d'autonomie, soutenue également par la Fage, la CFDT et la CGT, ait été retenue comme deuxième option. Il s'agirait d'un revenu garanti sur une période donnée, pour accompagner la formation, la recherche d'emploi et l'insertion. Un dispositif qui permettrait notamment de venir en aide à ceux qui commencent à travailler, trop jeunes pour percevoir les allocations chômage ou le complément de revenu prévu dans le cadre du RSA (25 ans).

Faute de trancher, la commission s'est mise d'accord sur le principe d'une expérimentation des deux dispositifs. En attendant, le système des bourses sera réformé - un 10e mois sera notamment accordé - et une aide financière sera accordée aux jeunes qui recherchent un emploi.

La question du financement en suspens

Reste la question du financement, très peu abordée dans le Livre vert. Certains, comme la Fage et l'Unef, plaident pour une redistribution des allocations familiales perçues après la majorité de l'enfant. Une proposition vigoureusement rejetée par l'UNI.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. «C'est la vraie question, désormais. Que va-t-il faire? Il n'y aurait pas pire message pour la jeunesse s'il ne se passait rien après tout ça», prévient Hervé Garnier, secrétaire national de la CFDT.

Calendrier flou

Le Parlement devrait élaborer à l'automne une loi d'orientation et de programmation sur la politique de la jeunesse entre 2010 et 2015, indique de son côté Benoît Mychac (Cnajep). Il ajoute que cet été et jusqu'à la mi-septembre, une large concertation devrait avoir lieu sur Internet autour des préconisations du Livre vert. Avec peut-être un grand débat à l'automne. Le sujet est loin d'être clos. «Pendant ce temps, la crise, elle continue», rappelle l'Unef.