Bras de fer entre un élève militant et le proviseur de son lycée

EDUCATION Tristan, 17 ans, n'a pas le droit de s'inscrire en terminale, sauf s'il signe un engagement à ne pas organiser de blocage dans son établissement...

Oriane Raffin

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Manifestation de lycéens à Paris, le 15 janvier 2009.
Manifestation de lycéens à Paris, le 15 janvier 2009. — SIPA
«J'ai toujours aimé la politique, l'engagement. Petit, j'allais déjà aux manifs», raconte Tristan, élève de première ES au lycée Maurice Ravel, dans le 20e arrondissement parisien, contacté par 20minutes.fr. Durant l'année scolaire 2008-2009, il s'est impliqué contre les réformes de Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale d'alors. Mais aujourd‚hui, cet engagement pourrait lui coûter cher. Admis en classe de terminale, avec de bons résultats, le proviseur du lycée pose comme condition à son inscription la signature d'un engagement à ne plus organiser de blocage dans son établissement. Une demande exprimée par écrit, dans un courrier que Rue89 a mis en ligne ici.

«Ces blocages mettent en danger le personnel et les élèves»

«Tristan était l'organisateur principal d'une dizaine de blocages sur l'année scolaire», explique Philippe Guittet, le proviseur de l'établissement, joint par 20minutes.fr. «Ces blocages mettent en danger le personnel et les élèves. C'est une action illégitime. Deux cents élèves en bloquaient 1.850 autres, dont des élèves très jeunes, de 6e. Le dernier blocage m'a excédé. Ils n'étaient pas légitimes, ils étaient minoritaires. Tristan était particulièrement insupportable malgré les avertissements.»

«Un phénomène de criminalisation de la contestation sociale»

Tristan ne comprend pas cette décision: «Je suis le seul à qui cela arrive. On était pourtant quatre représentants. J'ai l'impression de servir d'exemple, alors que j'ai plutôt le sentiment, avec mes actions, d'avoir servi l'école républicaine. Et là, ce que je dénonce, ce n'est pas ma situation personnelle mais le fait que ma situation s'inscrit dans un phénomène de criminalisation de la contestation sociale.» Ce que dément le proviseur: «Ce que Tristan a fait ne relève pas de la démocratie étudiante. Je pense qu'il faudrait un vrai débat autour de la citoyenneté lycéenne. Là, ce n'est pas de la démocratie mais de la violence. Je ne suis pas contre la manifestation, mais contre le blocage. C'est le pire moyen, ils ne sont pas désespérés, leur usine n'est pas en train de fermer.»

Les tensions entre les deux protagonistes ne datent pas d'hier. «L'an dernier, le proviseur m'avait déjà dans le collimateur. Il avait émis une mesure conservatoire contre neuf personnes, dont moi. C'est la plus haute sanction qui était à sa disposition, on a été suspendu pendant 4/5 jours. J'ai déjà été convoqué avec mon père. Il est toujours dans le rapport de force, et là, il a personnifié le problème», raconte Tristan. «Il hurle, nous bouscule, nous menace.»

Le rectorat se pose en médiateur


A l'heure des tensions, chacun compte ses soutiens. «Je reçois des sms et des mails des autres élèves», raconte Tristan. Lundi, il y a eu un rassemblement devant le rectorat. Plusieurs professeurs m'ont également envoyé des lettres de soutien, ont signé une pétition. Je me sens vraiment soutenu, également par les parents d'élèves.» Du côté du proviseur même réaction: «Je suis soutenu par l'inspecteur d'Académie et le recteur. Le personnel enseignant est comme moi: il ne veut pas l'exclusion de l'élève mais n'est pas choqué par la demande d'engagement.»

Le recteur d'académie, Philippe Fatras va se poser en médiateur entre les deux parties. Si Philippe Guittet explique qu'il n'est pas «contre la réinscription de Tristan», il ne reviendra pas pour le moment sur la condition d'un engagement signé. Tristan et son père, de leur côté, resteront également fermes sur leur refus de s'y soumettre. Tristan devra peut-être s'inscrire dans un autre établissement scolaire pour passer son bac, l'an prochain. Ce mardi après-midi, Tristan explique que le proviseur a refusé de rencontrer son père: «Il était très énervé, a dit qu'on avait fait n'importe quoi en alertant les médias. Il n'a pas voulu recevoir mon père, disant qu'on "verrait peut-être en septembre"». Le jeune homme et son père ont donc décidé d'agir rapidement, en créant un comité de soutien et en étudiant les recours possible devant le tribunal administratif.

Les syndicats lycéens se divisent quant à eux su
r la position à adopter. Si l'UNL (première organisation lycéenne) prend le parti du lycéen, estimant que «la volonté d'expression ne devait pas être sacrifiée sur l'autel de l'autoritarisme réactionnaire de certains proviseurs», «Réformons nos lycées» a appelé le gouvernement à soutenir le proviseur et le parlement à «réfléchir à une loi contre l'obstruction du service public».