Huit prévenus en compte avec le Président

David Thomson

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Les comptes bancaires du chef de l'Etat et de deux de ses proches ontété piratés.
Les comptes bancaires du chef de l'Etat et de deux de ses proches ontété piratés. — B. GUAY / AFP

« Comme vous dites, c'est la scoumoune, raille la présidente. M. Sarkozy a été débité. Vous pensiez que ça ne pouvait pas arriver, vous ? - Non », bredouille Ama, qui comparait depuis hier devant le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine). Avec sept autres co-prévenus, âgés de 23 à 40 ans, ce Sénégalais de 31 ans est soupçonné d'avoir piraté plusieurs comptes bancaires, dont celui d'une « partie civile spéciale »... le Président.

L'astuce était simple. Un complice lui transmettait des coordonnées bancaires piochées dans les fichiers des abonnés de Canal+. Facile, « la police a découvert que tous les employés de la Société générale pouvaient consulter le compte de Nicolas Sarkozy », indique la juge. Avec ces données, Ama se présentait dans des agences avec des cartes de séjour falsifiées pour ouvrir frauduleusement des lignes de téléphones portables. Intérêt de la manoeuvre : revendre les combinés dans des magasins du 18e arrondissement parisien. Une ligne ouverte en août 2008 à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le trahit. Le chef de l'Etat constate un débit inexpliqué de 176 euros sur son compte. Sa banque indique qu'un homme muni d'une carte de séjour a ouvert une ligne avec son RIB au nom de Nicolas Mendy. Avec deux de ses proches également victimes de l'escroquerie, ils portent plainte et les puces sont identifiées. « Nicolas Mendy, Nicolas Sarkozy, on a quand même une conjonction de prénoms. Ça fait beaucoup. On peut y voir un esprit facétieux, interroge la juge. - C'est le pur hasard, répond Ama en détention depuis octobre 2008. Je ne savais pas que c'était le RIB de Nicolas Sarkozy. » Dans le box, deux « amis » qui l'ont remplacé pour « assurer la continuité de trafic » durant ses séjours au Sénégal, comparaissent également. Ainsi que quatre vendeurs de Mantes-la-Jolie et Rouen (Seine-Maritime) « qui ne procédaient à aucune vérification », selon la justice pour toucher des primes de vente. Leur procès se poursuit aujourd'hui. Ils encourent dix ans de prison et un million d'euros d'amende. W