Un général français accuse l'armée algérienne d'avoir abattu les sept moines français de Tibéhirine

REVELATIONS Sous serment, il raconte qu'il s'agit d'une bavure...

J.M.

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Photo non datée sur laquelles figurent les moines assassinés le 21 mai 1996 à Tibéhirine.
Photo non datée sur laquelles figurent les moines assassinés le 21 mai 1996 à Tibéhirine. — AFP

«C'est difficile pour moi car c'est une chose dont on m'a demandé de ne pas parler.» Dans sa déposition, recueillie par le juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic le 25 juin dernier et rendue publique ce lundi par «Mediapart» et «Le Figaro», le général François Buchwalter a pourtant révélé que les sept moines français de Tibéhirine, abattus en 1996 dans les montagnes de l'Atlas, ont perdu la vie à la suite d'une terrible bavure de l'armée algérienne.

L'homme affirme avoir appris par un ancien officier algérien que c'est une patrouille héliportée qui a tiré sur les moines trappistes. «Les hélicoptères de l'armée algérienne ont survolé le bivouac d'un groupe armé et ont tiré, s'apercevant ensuite qu'ils avaient non seulement touché des membres du groupe armé mais des moines», selon une source proche du dossier, rapportant les propos du général.

Seules les têtes rendues aux familles

«Une fois posés, ils ont découvert qu'ils avaient tiré notamment sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles», confirme le général Buchwalter. Pour l'avocat des parties civiles, Patrick Baudouin, ce témoignage est «crédible» et «constitue une avancée très significative dans ce dossier».

Cette version en complète contradiction avec les déclarations officielles. L'armée algérienne affirme en effet que les corps des religieux, enlevés par les terroristes du Groupe islamique armé (GIA), avaient été découverts dans un champ. Mais seules leurs têtes avaient été rendues à leurs familles. Et le père Armand Veilleux, procureur général de l'Ordre cistercien trappiste, n'a jamais pu voir les corps en entier. Des sources proches du dossier avancent une hypothèse selon laquelle les corps auraient été démembrés pour ne pas identifier les balles à l'origine de leur mort.

Lever le secret-défense

Pour Patrick Baudouin, ces révélations sont «la preuve qu'il y a eu dissimulation de la part des autorités algériennes et certainement de la part des autorités françaises». François Buchwalter affirme en effet qu'à l'époque des faits, les militaires algériens avaient immédiatement prévenu leur PC de commandement. Lui-même aurait informé le ministère de la Défense, l'état-major des armées et l'ambassadeur de France à Alger. Mais pour le général, aujourd'hui à la retraite, «il n'y a pas eu de suites, ils ont observé le black-out demandé par l'ambassadeur».

L'avocat a annoncé ce lundi qu'il s'apprêtait à demander la levée du secret-défense «pour obtenir les rapports envoyés (par François Buchwalter, ndlr) au chef d'état-major des armées et à l'ambassadeur». Il compte également demander les auditions d'Hervé de Charette, ministre des Affaires étrangères de l'époque, celle d'agents des services de renseignement français ainsi qu'une nouvelle audition de Michel Lévêque, ambassadeur à Alger au moment des faits.

Contacté par 20minutes.fr, le quai d'Orsay n'a pas souhaité faire de commentaire. «Une information judiciaire été ouverte par le parquet de Paris en 2004 sur l'instruction de laquelle je ne peux évidemment pas me prononcer. D'éventuels éléments nouveaux devront être traités dans le cadre de cette procédure», a déclaré ce lundi au cours d'une conférence de presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.