Karachi, La piste cachée depuis 2002

Bastien Bonnefous (avec AFP)

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L'attentat de 2002 avait tué onze Français.
L'attentat de 2002 avait tué onze Français. — SIPA

Pourquoi la Direction des chantiers navals (DCN) n'a-t-elle pas été écoutée ? Dès septembre 2002, la DCN avait évoqué le contrat franco-pakistanais de vente de sous-marins pour expliquer l'attentat de Karachi (Pakistan), survenu en mai de la même année. Quatre mois après ce drame dans lequel onze ingénieurs français ont été tués, un responsable de la DCN, Philippe Japiot, avait écrit au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière pour demander que l'entreprise se constitue partie civile, arguant que « c'est en raison de l'exécution » du contrat signé en 1994 que les ingénieurs ont été « assassinés ». Une lettre publiée hier par Libération, dans un dossier qui prend de plus en plus des allures d'affaire d'Etat depuis les premières révélations faites ce week-end par le site Mediapart.

Jusqu'à présent, la piste islamiste était privilégiée pour expliquer l'attentat. Désormais, les magistrats instructeurs semblent plutôt chercher le mobile du côté de l'arrêt du versement de commissions et de rétrocommissions occultes en marge de ce contrat, décidé après l'élection de Jacques Chirac en 1995. L'attentat avait eu lieu trois jours après sa réélection, en 2002. Les commissions auraient donc eu cours avant 1995, lorsqu'Edouard Balladur était Premier ministre et Nicolas Sarkozy ministre du Budget. Mercredi, dans un entretien publié sur le site Internet de Paris Match, Charles Millon, ministre de la Défense de Chirac, a confirmé que « dès [son] arrivée au ministère, les autorités gouvernementales [lui] ont gentiment signalé ne pas comprendre la persistance de telles pratiques », démentant néanmoins toute « menace de représailles à l'encontre de la France » de la part du Pakistan. Philippe Japiot devrait être entendu dans les prochaines semaines par les juges en charge de cette affaire, alors que les familles des victimes reprochent à la France de leur avoir caché la vérité depuis sept ans. W