La fin du Di-Antalvic dans nos pharmacies, «une bonne mesure»

SANTE Selon un médecin, ce produit avait été beaucoup trop «banalisé» malgré les risques qu’il représente...

Oriane Raffin

— 

D’ici un an, on ne devrait plus être traités pour nos maux de dos, maux de dents et autres douleurs sévères par ce médicament contenant du dextropropoxyphène. Suite à l’avis défavorable émis par l’Agence européenne d’évaluation des médicaments, ce traitement va donc être retiré. L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé a recommandé l’arrêt de la prescription de cet antalgique d’ici un an.

Ce retrait progressif du marché est justifié par les décès accidentels qui lui sont imputés dans plusieurs pays par une utilisation anormale, notamment par des tentatives de suicide en Grande-Bretagne.

«Une saloperie, un médicament qui ne mérite pas de rester dans la pharmacopée»

Pour Claude Bronner, médecin généraliste à Strasbourg et co-président du syndicat Union généraliste, ce médicament, dérivé des opiacés, est «plutôt une saloperie, un médicament qui ne mérite pas de rester dans la pharmacopée». Outre les risques liés à une utilisation anormale, il décrit de nombreux effets secondaires: «malaises ou effets psychiques».

«Depuis des années, je le déconseille, explique-t-il, il a été retiré dans un certain nombre de pays, car le ratio bénéfices/risques n’était pas bon. J’ai toujours râlé car dans mon CHU, c’est le traitement qu’on donne à tour de bras. On avait pris cette habitude dès qu’il y avait des douleurs, sans utiliser du paracétamol ou des anti-inflammatoires. C’est un produit qui avait trop été banalisé.»

«Une décision très tardive»

Pour Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue indépendante Prescrire, «cela aurait dû être fait avant. C’est un médicament qui date de 1965, qui est une association de paracétamol et de dextropropoxyphène, qui s’apparente à la morphine. C’est très bizarre de les associer car ils se comportent différemment dans le corps. D’autant que selon plusieurs études, le mélange n’était pas plus efficace que le paracétamol seul.»

Alors que la molécule a été retirée en Suède en 2005, en Suisse en 2003 et en Grande-Bretagne en 2007, «les agences européennes et françaises ont pris beaucoup de temps», note Bruno Toussaint, «pourtant, depuis des années on avait toutes les raisons de la retirer. Il faut néanmoins savoir que c’est un marché de plusieurs dizaines de millions de boîtes par an... donc ça fait des sous!».


Reste maintenant aux patients qui avaient pris l’habitude de se soigner avec ce traitement à trouver une autre molécule qui leur conviendra. Mais pas d’inquiétude pour Claude Bronner: «Un tas de gens qui ont pris l’habitude de ce traitement pourraient aussi bien être soulagés par du paracétamol.» Et dans le cas de trop fortes douleurs, les patients pourront encore se retourner vers la codéine.

Le laboratoire Sanofi Aventis, l'un de ceux qui commercialise la molécule dextropropoxyphène, joint par 20Minutes.fr, ne fera aucun commentaire sur cette décision.