Sans-papiers: «Ce petit bout de papier, c'est l'honneur d'être sur le territoire français»

REPORTAGE Des travailleurs isolés, qui demandent à être régularisés, ont été expulsés de la bourse du Travail où ils étaient installés depuis 14 mois...

Maud Descamps et Julien Ménielle

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Des sans-papiers sont assis le 24 juin 2009, à Paris, devant les locaux de la Bourse du travail, affectés à la CGT, après avoir été délogés par la police à la demande du syndicat.
Des sans-papiers sont assis le 24 juin 2009, à Paris, devant les locaux de la Bourse du travail, affectés à la CGT, après avoir été délogés par la police à la demande du syndicat. — M. MEDINA/AFP

Ils se sont installés sur le trottoir, juste devant la Bourse du travail et ils attendent. Environ cent cinquante sans-papiers ont passé la nuit dehors après s'être fait évacués du bâtiment, sous la pression de la CGT. Ils occupaient, depuis le 2 mai 2008, les étages affectés à l'union départementale CGT. Selon Olivier Villeret, secrétaire de l'union départementale 75 du syndicat, la situation ne pouvait plus durer, les sans-papiers «refusant systématiquement toutes les propositions de sortie de crise» et «toutes les tentatives de dialogue» ayant échoué.

«Ici, c'est la famille de tous les travailleurs»

«On attend maintenant que la mairie ou la préfecture nous trouve un gymnase où nous pourrions nous installer, explique Evelyne, déléguée «75» des sans-papiers, toutes les personnes qui sont là, sont des travailleurs isolés, c'est pour cela que nous sommes réunis à la bourse du Travail», ajoute-elle.

Derrière elle, Madame Kassé intervient: «Ici, c'est la famille de tous les travailleurs. Nous sommes tous employés dans des entreprises différentes, ici au moins on peut tous se rassembler». Madame Kassé était au travail lorsque l'évacuation a eu lieu. Toutes ses affaires sont restées à l'intérieur du bâtiment. Elle ne sait pas quand elle pourra les récupérer.



Couchés sur des couvertures posées à même le sol, certains discutent, d'autres dorment. S'ils se disent en colère, les sans-papiers protestent dans le calme. «Ca fait dix ans que je suis en France, dix ans que j'attends d'être régularisé, explique l'un d'eux. Ce petit bout de papier, c'est l'honneur d'être sur le territoire français. C'est la possibilité de travailler en toute honnêteté», ajoute-il.