Les Antilles ont la gueule de bois

OUTRE- MER Nicolas Sarkozy est attendu ce jeudi en Martinique et vendredi en Guadeloupe...

Laure de Charette

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Après l'accord de sortie de crise en Guadeloupe, le "collectif contre l'exploitation" (LKP), maintenait la pression pour une application générale de l'augmentation des bas salaires, alors que des négociations ont commencé à La Réunion pour tenter d'éviter un conflit semblable.
Après l'accord de sortie de crise en Guadeloupe, le "collectif contre l'exploitation" (LKP), maintenait la pression pour une application générale de l'augmentation des bas salaires, alors que des négociations ont commencé à La Réunion pour tenter d'éviter un conflit semblable. — Julien Tack AFP

De paroles d'habitants, un calme trompeur règne aux Antilles: sur les plages du Gosier, en Guadeloupe, quelques touristes se prélassent ; les rayons des «lolos» (supérettes) sont pleins et les coupeurs de canne à sucre s'affairent dans les champs, au Moule. Quatre mois après un mouvement social d'une ampleur inégalée - quarante-quatre jours de grève générale - qui a fait naître des espoirs fous de changement, la Guadeloupe a la gueule de bois. «Tant de promesses ont été faites», lâche un habitant de Pointe-à-Pitre. «Tout ça pour ça?», résume un autre. Les états généraux de l'outre-mer, censés remettre à plat la société antillaise, rencontrent actuellement un succès mitigé. Nicolas Sarkozy, qui pose enfin le pied en Martinique aujourd'hui et en Guadeloupe, demain, devrait le sentir: il en faudrait peu pour que la cocotte explose à nouveau.

«Le bilan, c'est 50-50», explique un habitant de Grande-Terre, resté à l'écart du mouvement social du début d'année. Grâce aux accords conclus en catastrophe en mars entre le gouvernement, le patronat et les syndicats de l'archipel, le prix de certains produits de première nécessité a baissé, comme ceux de l'essence, de l'eau et des transports. Les loyers des logements sociaux sont gelés. Mais en profondeur, rien n'a encore changé: les békés, ces descendants de colons, tiennent toujours l'économie, le chômage frappe à chaque porte, les cités ghettos se recroquevillent toujours plus. A ce quotidien immuable s'ajoute une immense désillusion. «Un certain nombre de gens pensent avoir été manipulés par les meneurs du mouvement, qui ont glissé de revendications purement sociales à l'expression d'un ressentiment contre la France et les Blancs», analyse Thierry Michalon, maître de conférences à l'université des Antilles. «Les attentes étaient tellement élevées que les gens sont déçus», précise Cyril Comte, administrateur du Medef en Martinique. Il explique que les entrepreneurs antillais, «naturellement peu enclins au découragement», «font preuve d'un moral d'acier et se battent pour s'en sortir». Ils n'ont pas tellement le choix. La crise économique mondiale est venue achever une économie à terre.

La population s'impatiente, aussi. «Seuls 50 euros sur les 200 euros d'augmentation promis pour les bas salaires ont été versés. On doit encore attendre le mois de juillet pour toucher le RSTA [revenu supplémentaire temporaire d'activité]», explique un salarié du tourisme. Résultat: les gens sont remontés, et «Elie Domota [porte-parole du LKP, collectif à l'origine de la grève] garde leur soutien absolu», selon un témoin. Difficile pour autant de savoir si une grosse mobilisation peut reprendre à l'occasion de la venue - très attendue - du Président. Pour l'heure, l'appel à une grève générale de vingt-quatre heures, lancé par le LKP, n'a pas été suivi. Mais des barricades de pneus et de palettes interdisaient lundi l'accès à plusieurs stations-service autour de Pointe-à-Pitre. En décembre dernier, le conflit avait commencé ainsi, en paralysant la circulation.