Commission d'enquête sur la burqa: le gouvernement divisé sur la question

SOCIETE L'initiative, soutenue par Fadela Amara et Nadine Morano, est vivement critiquée par Eric Besson...

C. F. (avec agence)

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Une femme en burqa lors d'une manifestation à La Haye (Pays-Bas), le 30 novembre 2006
Une femme en burqa lors d'une manifestation à La Haye (Pays-Bas), le 30 novembre 2006 — REUTERS/Toussaint Kluiters

Si un certain nombre de parlementaires semblent enthousiasmés par l'idée, la proposition de créer une commission d'enquête parlementaire sur le port de la burqa en France semble plutôt embarrasser le gouvernement.

Le député communiste André Gérin a déposé sa proposition de résolution le 8 juin, cosignée par près de 70 députés, dont une majorité issus de la majorité. Il espère qu'elle sera soutenue par le gouvernement.

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Mais pour le ministre de l'immigration Eric Besson, «il n'est pas opportun de relancer une polémique» sur les signes religieux. «La loi a déjà énoncé un certain nombre de règles du vivre ensemble, elle dit qu'on ne peut pas porter le voile dans un certain nombre d'administrations, de services publics et à l'école. Un équilibre a été trouvé en France et il serait dangereux de le remettre en cause», a-t-il affirmé ce jeudi.

La secrétaire d'Etat à la Ville, Fadela Amara, a en revanche «salué l'initiative» et estimé qu'il fallait «tout faire pour stopper la propagation de la burqa». «On n'est pas dans un débat sur la liberté, ceux qui sont contre (sa proposition) je leur demande de porter la burqa», a-t-elle ajoutant, soulignant que «le plus inquiétant, c'est qu'on en voit de plus en plus».

«Ça mérite un débat»

La secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, se montre également sensible à l'initiative. «Lorsque je vois une burqa, pour moi, c'est un peu un symbole de soumission», a-t-elle jugé ce jeudi sur RMC. «En tant que femme, ça me choque parce qu'au fond de moi, je pense que (c'est) plus imposé que ça n'est une volonté personnelle», a-t-elle ajouté.

Interrogée sur une interdiction éventuelle de la burqa, elle a répondu: «Je pense que ça mérite un débat», soulignant que la législation était claire «en ce qui concerne la laïcité à l'école et dans les services publics», mais que certains cas posaient des difficultés. Et de citer le cas «pas acceptable» de refus par certaines femmes portant une burqa de montrer leur visage «notamment lorsqu'elles sont dans un supermarché et qu'il y a un contrôle de chèque par rapport à la carte d'identité».

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Du côté des réponsables religieux et des associations, la question divise également. Le président du CFCM (Conseil français du culte musulman) Mohammed Moussaoui s'est dit «choqué». «Cette initiative suscite beaucoup d'interrogations sur l'opportunité de s'emparer de ce sujet en période de crise. Les parlementaires auraient proposé une commission d'enquête parlementaire sur les licenciements qui touchent des centaines de milliers de personnes, cela aurait été mieux compris», a-t-il insisté.

Sihem Habchi, présidente de Ni putes ni soumises, estime au contraire qu'«il faut lancer un message très clair contre ces sarcophages dans lesquels on enferme les femmes. Il y a des dérives dans les services publics qu'on peut identifier, comme les femmes qu'on ne peut pas reconnaître ou celles qui ne veulent pas se faire soigner par un médecin homme. La Halde se penche sur le cas des cours de langue dans le cadre de l'intégration. Mais si elles ont un voile intégral, vont-elles vraiment s'intégrer?», a-t-elle confié à 20minutes.fr.