La défense de Véronique Courjault ne retient pas le déni de grossesse

JUSTICE Me Henri Leclerc ne plaide pas l'acquittement, et demande «une peine faible» à la cour...

A Tours, Bastien Bonnefous

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  — Stephane Mahe / Reuters

Me Henri Leclerc est un habitué des prétoires. A 75 ans, il est une figure historique du barreau français. L’homme a, au fil des années, défendu Florence Rey, Richard Roman, François Besse, Hélène Castel, récemment Jacques Viguier, et aujourd’hui Véronique Courjault.

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Alors, quand il se lève pour plaider pendant plus d’une heure, ce jeudi, le silence se fait. Surtout quand, la voix grave, aux bords des larmes, l’avocat commence par confier à la cour: «depuis dix-huit mois, je vis avec l’image de ces bébés parce que ce sont les nôtres». Et de décrire «les petits poings serrés», les «yeux fermés», la «peau fripée». «Si petits et pourtant déjà si hommes.»

Cette mère n'est pas «un monstre»

«Pourquoi donc aimons-nous encore une femme qui a fait une chose pareille?», demande-t-il, en désignant Véronique Courjault dans son box. Parce que cette mère n’est pas «un monstre», mais «une femme douce, sensible et appréciée de toute sa famille et de tous ses amis». Henri Leclerc l’affirme: dans ce dossier, «personne n’a une explication absolue» de ces trois infanticides commis entre 1999 et 2003.

Et l’avocat de s’appuyer pendant de longues minutes sur les diagnostics des experts psychiatres ou psychologues qui ont déposé ces derniers jours devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire. Tous ont un avis différent sur le «mystère Courjault», mais tous aussi s’accordent sur certains points la concernant. «Il y a un clivage de sa personnalité, et il n’y a pas de perversion», rappelle Henri Leclerc.

Pas d’acquittement, mais pas de certitude

Le déni de grossesse, qui a fait tanguer la salle d’audience en début de semaine? Lui jure n’avoir jamais voulu en faire «le symbole de ce procès», car «les choses étaient infiniment plus complexes». «Si nous avions le déni complet, je plaiderais l’acquittement, mais il y a des moments de conscience, donc je ne plaide pas l’acquittement, donc je ne retiens pas le déni, donc je m’en moque», précise Me Leclerc aux jurés.

La chronologie de l'affaire Courjault

Mais il en est persuadé, dans cette affaire aux «mystères insondables», où «il n’y a aucune certitude», la peine «doit être faible». Beaucoup plus faible que les dix ans de prison réclamés mercredi par l’avocat général dans son réquisitoire.

Lentement, Henri Leclerc exhorte le jury: «il faut que vous lui disiez "Véronique Courjault, ce que vous avez fait est horrible, en tant qu’être humains, nous ne pouvons le supporter, mais il y a en vous quelque chose de faible et de désespéré"».

Un suivi socio-judiciaire?

Il se prend même à rêver. «Ah… je voudrais tant qu’elle sorte ce soir, même si ça semble impossible», glisse-t-il, précisant aussitôt, malin, que «l’impossible (lui) paraît juste pour elle, pour Jules et Nicolas ses enfants… Permettez-leur de s’embrasser, permettez à cette femme de continuer à déchirer les brumes effroyables».

Alors, l’avocat «propose» une peine. Pas de prison, mais un «suivi socio-judiciaire». Véronique Courjault doit être soignée et suivie, mais pas derrière des barreaux car «elle n’est pas dangereuse» mais «malade», et car, privée d’utérus depuis son hystérectomie en 2003, «elle ne tuera plus».

Puis, se tournant vers Véronique Courjault, qui l’écoute en larmes, il ajoute avant de se rasseoir: «Véronique, acceptez d’avoir tué vos enfants et retrouvez les autres. Faites confiance aux jurés de votre pays».

«J’ai tué nos enfants»

Auparavant, les deux autres avocates de l’accusée, Mes Hélène Delhommais et Nathalie Senyk, s’étaient employées à démonter les arguments du réquisitoire. Pour Me Senyk, Véronique Courjault «n’a jamais été une manipulatrice», mais une femme «toujours sincère, qui a toujours essayé d’expliquer l’inexplicable», selon Me Delhommais.

Avant que le jury ne se retire à 12h36 pour un délibéré qui devrait durer tout l’après-midi, Véronique Courjault prend une dernière fois la parole. «J’ai essayé de m’expliquer comme j’ai pu… mes mots sont souvent… ne sont pas à la hauteur… j’ai conscience d’avoir tué nos enfants et c’est quelque chose qui me restera toujours», déclare-t-elle, la voix brisée par les sanglots.