« Déni » ou « dénégation » de grossesse ?

A Tours, Bastien Bonnefous

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La cour d'assises d'Indre-et-Loire a entendu, hier, les experts qui se sont penchés de près ou de loin sur le cas de cette mère poursuivie pour trois infanticides de nouveau-nés commis entre 1999 et 2003.

Ils sont trois psychologues - Jadech, Lamiraud et Lorenzo - à l'avoir rencontrée à deux ou trois reprises chacun, après son arrestation, en octobre 2006. Pendant toute la matinée, ils ont tenté de lever le « mystère Courjault ». En vain. Le premier diagnostique un « déni de la réalité de grossesse » et un « désarroi gigantesque » de la part de l'accusée, « Madame Tout-le-monde » qui passe son temps à « différer les problèmes ». Les deux autres penchent plutôt pour une « dénégation » de la grossesse par une femme « qui ment à tous, et à commencer à elle-même ». Aucun ne tranche la question de la préméditation et n'éclaire vraiment la cour. « Plus on a d'experts à la barre, plus on a d'explications », lance même, dubitatif, l'avocat général Varin.

>> Notre dossier sur l'affaire Courjault.

Puis vinrent Michel Dubec et Israël Nisand. Ces deux spécialistes - psychiatre pour l'un, gynécologue-obstétricien pour l'autre - ne connaissent pas le dossier Courjault. Pourtant, pendant trois heures, ils dressent un portrait général du déni de grossesse qui s'apparente à une photographie parfaite de Véronique Courjault. « Il y a des dénis dégradés » avec des « moments de résurgence de la conscience fugaces et aussitôt réenfouis », indique Michel Dubec. Une phrase qui rappelle l'aveu étrange : « Je l'ai su, puis je ne l'ai plus su », prononcé la semaine dernière par l'accusée.

Israël Nisand enfonce le clou, en ciblant le profil de la mère atteinte du déni de grossesse : une femme au « look pas très féminin », qui a « un problème de repérage dans le temps », ne « sait pas gérer sa contraception » et prend rarement du « plaisir sexuel ». Vous avez dit Véronique Courjault ? « Quelle réponse judiciaire faut-il apporter », l'interroge l'avocat du mari de l'accusée. « Deux écueils sont à éviter, répond le professeur. Le non-lieu, car ce serait faire un déni du déni, et la sévérité excessive, car ces femmes sont malades, et ce n'est pas la prison qui peut les soigner. » Réponse avec le verdict mercredi.