Grippe H1N1 à Toulouse : «Certains ont forcé nos portes pour se faire prélever»

SANTE Alors qu'une réunion d’information a été organisée au collège Quint-Fonsegrives ce lundi matin pour rassurer les parents d'élèves à la suite à l'hospitalisation de sept élèves atteints par le virus H1N1, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Purpan a rappelé qu'il ne sert à rien de céder à la panique...

CB avec Hélène Ménal et Béatrice Colin (à Toulouse)

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Un écolier équatorien porte un masque, alors que l'Equateur a connu son premier cas de grippe porcine, le 15 mai 2009.
Un écolier équatorien porte un masque, alors que l'Equateur a connu son premier cas de grippe porcine, le 15 mai 2009. — REUTERS/Guillermo Granja

Un peu exaspéré, Bruno Marchou regrette le comportement peu raisonnable de certaines personnes se présentant à l'hopital. «Mon service reçoit des tas de coups de téléphone de gens inquiets, de médecins. Certains ont forcé nos portes pour se faire prélever. On en arrive au point où on met en danger la vie de vrais malades. Difficile pour nous de s’occuper de gens qui ne sont pas malades».
Rassurant, il rappelle aussi que la virulence du virus n’est pas avérée pour le moment à Toulouse. «Les gens ont une vision de la situation beaucoup plus grave que la réalité. Les faits que je connais ne justifient pas l’inquiétude ou l’importance des mesures que l’on nous demande d’adopter», explique-t-il.
Les portes du collège de Quint-Fonsegrives, étaient fermées ce lundi matin, mais les tribunes du gymnase situé en contrebas avaient fait le plein pour la réunion d’information. Les parents sont venus en nombre – et  sans masque – s’informer auprès d’autorités, somme toute rassurantes.

«La bénignité de la grippe»

Les hospitalisés «vont très bien. Aucun n’a de la fièvre ce qui confirme la bénignité de cette grippe», leur a annoncé d’emblée Bruno Marchou, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Purpan, après s’être rendu dès 7 heures au chevet des malades.
Plus aucun ne présente de fièvre. La source de contamination de la classe reste encore un mystère bien que pour Bruno Marchou, il ne fait aucun doute que la source de contamination des collégiens est un « porteur sain qui n’a pas déclenché les symptômes, une personne pas malade mais vectrice du virus ». La seule certitude est que la période d’incubation peut durer une semaine maximum et les porteurs du virus sont contagieux «de 48 à 24 h avant l’apparition de symptômes».
 
«Il ne faut pas s'affoler», martelait également dimanche Bernard Soléra, le maire de Quint. Pourtant, c'est le sentiment qui s'est emparé de certains parents d'élèves. «Nous restons inquiets pour notre fille même si elle n'a pas de symptômes, nous voulons éviter que cela se transmette à des personnes plus fragiles», explique Jean-Jacques, père d'une élève de la sixième 3. Non loin de là, Jean-Louis, père d'un collégien de cinquième estime que «ce n'est pas grave», mais constate: «C'était à Mexico il y a un mois et demi, aujourd'hui, c'est à Quint. C'est un virus virulent

Un village qui oscille entre questions et raison

La question la plus fréquente a été de savoir pourquoi dans ce village de 4.500 habitants, où les manifestations sportives se sont succédé ce week-end, l’école n’est pas elle aussi fermée. «La décision de fermer le collège jusqu’à jeudi matin a été prise à titre de précaution et aussi parce que son fonctionnement normal aurait été difficile à assurer sachant que neuf enseignants sur vingt sont confinés chez eux. Il n’y a en revanche aucune raison de fermer l’école où des médecins sont sur place pour renseigner les parents», a indiqué Jean-Louis Baglan l’inspecteur d’académie. Soufflant le chaud et le froid, il a toutefois incité «à aller au bout de la logique de précaution en gardant les collégiens confinés chez eux jusqu’à jeudi».

«Je suis assistante maternelle, ma fille a passé le week-end avec un élève de 6e non atteint. Elle doit commencer son traitement préventif cet après-midi Dois-je quand même accueillir les bébés?» , a demandé une mère de famille. «Oui, répond Bruno Marchou. Les mesures prises sont raisonnables mais excessives à mon sens. Inutile de les appliquer aux contacts de contacts». Cette réunion a rassuré, mais pas complètement. «Nous, on gardera les petits jusqu’à jeudi. C’est du simple bon sens», ont décidé en groupe trois mamans qui se débrouilleront entre elles pour les garder. Pour les entraînements sportifs de mercredi, le maire n’a pas encore de réponse à apporter, il réunira ce soir les présidents d’association.

Les résultats de 4 autres cas probables d’élèves contaminés sont attendus dans la journée. Les mesures prises par les autorités sanitaires sont susceptibles d’évoluer en fonction. Et Bruno Marchou, dont le service est déjà au bord de la paralysie, serait «assez étonné qu’il n’y ait pas d’autres cas dans la région toulousaine».
Il regrette par ailleurs le comportement peu raisonnable de certains patients. «Mon service reçoit des tas de coups de téléphones, de gens inquiets, de médecins. Certains ont forcé nos portes pour se faire prélever. On en arrive au point où on met en danger la vie de vrais malades. Difficile pour nous de s’occuper de gens qui ne sont pas malades».