Thérapie familiale au procès Courjault

JUSTICE Les frères et sœurs de l’accusée ont pris la parole jeudi après-midi...

A Tours, Bastien Bonnefous

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Véronique Courjault a tenté d'expliquer, hier, pourquoi elle avait nié les meurtres.
Véronique Courjault a tenté d'expliquer, hier, pourquoi elle avait nié les meurtres. — B. PEYRUCQ / AFP

Bien sûr, aucun des frères et sœurs n’a vu qu’elle était enceinte, mais qui regardait vraiment Véronique chez les Fièvre? C’est une cascade de larmes familiales qui s’est déversée ce jeudi après-midi sur la cour d’assises d’Indre-et-Loire. Les deux frères et les quatre sœurs de Véronique Courjault ont défilé pour parler de l’accusée. Pour dire surtout leur amour à la «belle personne» selon Nathalie, à la «mère-poule» pour Martine.

«On a tous isolé Véro!»

Tous sont en larmes, tous sont brisés. Comme si le geste ultime de leur soeur, ces trois infanticides clandestins commis entre 1999 et 2003, leur avait tous ouvert les yeux. C’est Lydie, la benjamine, qui en parle le mieux. «Depuis que Véronique a été incarcérée, j’ai ressenti le besoin de travailler sur moi, j’ai pris un électrochoc», explique la jolie trentenaire au look bohème. Pratiquement tous dans la famille suivent aujourd’hui une thérapie.

Chez les Fièvre, la petite «Véro» ne faisait pas de bruit. «Sage», «timide», «elle s’isolait beaucoup», les mêmes mots reviennent sur toutes les lèvres. Derrière, il faut entendre la dépression de la mère, le silence du père, la maison du secret, les souffrances de tous. Thierry, l’aîné aux faux airs de Vincent Cassel, se plante à la barre comme un mec. Ultra-tendu, il parle vite. Il ne veut pas craquer. Au bout de quelques minutes pourtant, il explose, hurlant de douleur et de honte mélangées : «on a tous fait en sorte d’isoler Véro au sein de notre famille! on a très peu de souvenir de Véro, on est incapable de raconter une anecdote!». Véronique Courjault, en larmes, le remercie comme elle les remercie tous, soufflant baisers ou sourires.

«Jean-Louis ne la voyait pas»

Tous reconnaissent que Véronique, une fois adulte, n’était pas franchement heureuse. «Véro n’était pas une femme épanouie, je me suis souvent demandée si elle était heureuse, raconte Jocelyne, la sœur aînée de douze ans. Elle me demandait parfois si mon mari me téléphonait quand il était en déplacement, je sentais en fait que c’était pour elle qu’elle me demandait ça». Si tous l’aiment bien et ne l’accablent pas, certains égratignent quand même Jean-Louis Courjault, le mari, leur beau-frère. «Jean-Louis était quelqu’un de gentil mais quand même égoïste, il aurait du beaucoup plus parler avec elle, il ne la voyait pas», considère Jocelyne. «C’est Jean-Louis qui menait les choses même s’il respectait Véronique», ajoute Nathalie, précisant que sa sœur «a subi sa vie». «Jean-Louis a toujours été un grand adolescent, toujours dans son monde», enfonce gentiment Thierry.

Aucun n’a remarqué les grossesses de leur sœur, reconnaissant l’avoir trouvé parfois «plus grosse» ou «fatiguée». «Pour Jules, son ventre était bien rond, pour Nicolas aussi, pour le reste, ça n’avait rien à voir», jure Nathalie. «Une femme enceinte, elle met sa main sur le ventre ou elle se tient les reins, des gestes instinctifs, mais Véro, elle avait des gestes standards», se souvient Martine. Thierry, lui, invoque le passif familial. «J’ai connu deux grossesses cachées dans la famille: celle de Jocelyne et celle de Lydie», lance le frère, rappelant comment Jocelyne, née d’un autre père, ne l’a appris que bien tardivement, et qu’aucun membre de la fratrie n’avait été mis au courant par leurs parents de la naissance de la petite dernière, Lydie, en 1972.

Reste qu’avant de se retirer, Thierry précise: «mes parents, ils nous aiment mais savent pas le dire… ils n’ont pas lu Françoise Dolto, voilà!». D’un coup, toute la salle rit. Ouf. Comme un soulagement après cette journée de larmes générales.

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