Les explications confuses de Véronique Courjault

JUSTICE Accusée de trois infanticides, Véronique Courjault a peiné ce jeudi à convaincre la cour de sa détresse...

A Tours, Bastien Bonnefous

— 

Véronique Courjault a tenté d'expliquer, hier, pourquoi elle avait nié les meurtres.
Véronique Courjault a tenté d'expliquer, hier, pourquoi elle avait nié les meurtres. — B. PEYRUCQ / AFP

La couleur de l’élastique qui retient la queue de cheval a changé, passant du rose au noir, mais le discours, lui, est resté le même. Questionnée sur ses grossesses et sa vie de couple, Véronique Courjault a développé ce jeudi matin devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire, les mêmes explications que la veille. Toujours sur le même ton haché, hésitant, quasi bégayant.

>> Retrouvez tous nos articles sur le procès de Véronique Courjault en cliquant ici

Après trois jours de procès, plusieurs questions restent toujours sans réponse. Pourquoi Véronique Courjault, si elle ne voulait pas d’autres enfants que ses deux fils Jules et Nicolas, n’a-t-elle pas pris de contraceptif, ou même n’a-t-elle pas avorté? Avait-elle, dès leur naissance, l’intention de tuer ses trois bébés clandestins de 1999, 2002 et 2003? Une préméditation qui pourrait peser lourd dans la balance, au moment du verdict.

«J’ai su au début, puis je ne l’ai plus su, puis de temps en temps j’ai su»

Jeudi matin, Véronique Courjault n’a apporté aucune piste d’éclaircissement à toutes ces interrogations. Au contraire, elle n’a fait que renforcer le trouble de chacun. Sur son «désir d’enfant», la femme de 41 ans reconnaît qu’il était «moins fort» que chez son mari Jean-Louis Courjault, mais elle n’en fait pas pour autant le mobile de ses trois assassinats.

«Est-ce que vous avez tué parce que vous ne vouliez pas d’autres enfants?», l’interroge le président. «Non», répond faiblement Véronique Courjault, concédant néanmoins qu’elle avait «dit le contraire» en garde à vue, après son arrestation en octobre 2006.

«Je l’ai comme oubliée cette grossesse, elle n’était pas réelle»

C’est que la question, dans son esprit, se pose d’une manière beaucoup moins concrète. Exemple sur ses grossesses secrètes. «Ce n’est pas que je ne voulais pas annoncer que j’étais enceinte, c’est que je ne pouvais pas, je n’en étais pas pleinement consciente, je l’ai comme oubliée cette grossesse, elle n’était pas réelle», tente-t-elle d’expliquer à la cour.

Le président, qui n’a pas montré depuis le début du procès une grande faculté d’indulgence à l’égard de l’accusée, reprend alors Véronique Courjault. «L’important, madame, n’est pas de s’inscrire dans un schéma de défense, il faut être sincère», la tance-t-il. «Mais je suis sincère », répond d’une petite voix Véronique Courjault, allant même un peu plus tard, jusqu’à préciser: «j’ai su au début (que j’étais enceinte), puis je ne l’ai plus su, puis de temps en temps j’ai su…». Une grossesse par intermittence ou à la carte, qui, à voir leurs visages fermés, a choqué plusieurs jurés.

«Pour avorter, il faut être enceinte»

Et la contraception, alors? «Ca peut paraître absurde, là aussi, mais quelque part, j’ai oublié de prendre la pilule, c’est comme si je ne pouvais pas tomber enceinte, comme si la maternité ne pouvait pas m’arriver», s’excuse presque Véronique Courjault, consciente que ce type de déclaration peut être à double tranchant au soir d’un procès.

Quant à l’avortement, «pour avorter, il faut être enceinte», répond-elle, logique. Même pas «un avortement tardif ?», demande un avocat. « Il ne s’agit pas de ça, continue Véronique Courjault. Je n’ai pas eu de rapports avec ces bébés. Jules et Nicolas, je leur parlais dans mon ventre, je les sentais grandir, là c’était pas pareil, c’étaient pas des bébés pour moi… Ils auraient dû être des enfants comme Jules et Nicolas, mais par ma faute, ils ne le sont pas».

«Il faut arrêter de chercher une justification»

Son mari tente alors de venir à son aide. «Il faut aller au-delà d’une réflexion logique, rationnelle… Il faut arrêter de chercher une justification, il faut essayer de comprendre», demande Jean-Louis Courjault au jury. Il est même prêt à prendre une part de responsabilité dans la dérive de son épouse. «Quand Nicolas est né (leur 2e fils, en 1996), j’ai dit à Véro ‘des comme ça, tu m’en fais autant que tu veux’, cette phrase je pense a été très lourde de sens», estime l’ingénieur.