Grogne des agriculteurs: les premières plateformes bloquées

MANIFESTATIONS Après le conflit sur le lait, les agriculteurs bloquent depuis ce jeudi matin le réseau d'approvisionnement des grandes surfaces...

MD (Avec agence)

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Les agriculteurs bretons se sont déclarés "satisfaits", samedi à Rennes, en sortant d'une table ronde où étaient présents les distributeurs, après une semaine de blocages de plates-formes de la grande distribution dans l'ouest pour dénoncer les marges des grandes surfaces.
Les agriculteurs bretons se sont déclarés "satisfaits", samedi à Rennes, en sortant d'une table ronde où étaient présents les distributeurs, après une semaine de blocages de plates-formes de la grande distribution dans l'ouest pour dénoncer les marges des grandes surfaces. — Fred Tanneau AFP/Archives

Les tracteurs sont de sortie pour bloquer les plateformes de distribution des grands supermarchés. Depuis ce jeudi matin, plusieurs plateformes logistiques sont paralysées dans l'Est de la France par les agriculteurs en colère contre les grands magasins qu'ils rendent largement responsables de la baisse de leurs revenus.

Un mouvement de 48 heures


A Entzheim, au sud de Strasbourg, une centaine d'agriculteurs accompagnés bloquent depuis 7h ce matin une plateforme Lidl. A Colmar, dans le Haut-Rhin, c'est la centrale d'achats Leclerc qui est fermée depuis mercredi soir par une trentaine d'agriculteurs tandis qu'en banlieue de Mulhouse, environ une trentaine de manifestants bloque également depuis mercredi soir la centrale Système U, selon la police.

Le mouvement durera 48 heures. Deux jours pendant lesquels le réseau d'approvisionnement des grandes surfaces ne fonctionnera pas.

Des centaines de caddies devant la préfecture de Rennes

Les opérations ont en fait déjà commencé depuis plusieurs jours dans l'Ouest de la France, première région laitière, avant même l'entrée en vigueur du mot d'ordre national de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). La plupart des platerformes sont bloquées jeudi matin. Mercredi, des échauffourées ont eu lieu dans la région avec les forces de l'ordre.

Quelque 200 agriculteurs, selon la police, ont bloqué dans la nuit de mercredi à jeudi l'entrée de la préfecture de région à Rennes avec plusieurs centaines de caddies de supermarché.
«Le caddie c'est l'outil qui contribue à faire plumer le consommateur et le producteur. C'est la grande distribution qui garde toute la marge», a dénoncé Nathalie Marchand, secrétaire générale de la FDSEA d'Ille-et-Vilaine, déplorant la suppression, selon elle, des «outils de régulation des marchés». «Nos charges augmentent à grande vitesse mais, pour nos prix, c'est le contraire», a souligné de son côté un manifestant souhaitant conserver l'anonymat. «Aujourd'hui, tout s'est effondré. Beaucoup vont vers la faillite avec des millions d'euros de découvert», a-t-il témoigné.

Opacité de la grande distribution

Principal syndicat agricole français, la FNSEA, avec les Jeunes Agriculteurs (JA) qui lui sont proches, appelle à l'opération de blocage des approvisionnements, bâptisée «vérité sur les marges» pour dénoncer l'opacité pratiquée selon elle par la grande distribution sur la formation des prix. L'accusation, maintes fois réitérée par les agriculteurs, prend une nouvelle dimension après l'accord sur les prix du lait, jugé très insuffisant par nombre de producteurs.

Dans l'Ouest en particulier, première région laitière française, les éleveurs n'ont pas cessé leurs actions sur le terrain depuis la signature du compromis mercredi dernier. Ils ont été rejoints par d'autres agriculteurs dont les productions sont également en difficulté. La FNSEA a annoncé que les 22 régions françaises seraient touchées avec le blocage dans chacune d'entre elles d'une ou deux plateformes. Ces actions devraient perturber les achats des consommateurs, notamment lors des traditionnelles courses du samedi.

Se disculper d'avoir signé l'accord


Pour la Confédération paysanne, syndicat minoritaire, la FNSEA fait «diversion». C'est «une opération d'intoxication de la FNSEA qui essaye d'attirer l'attention sur les grandes surfaces pour se disculper d'avoir signé» l'accord sur le prix du lait.

Ce syndicat est très remonté contre ce compromis signé la semaine dernière, qu'il qualifie "d'inacceptable", et demande la réouverture des négociations. La Confédération paysanne n'a pas participé aux négociations avec les industriels puisque seule la FNSEA, via sa branche spécialisée, la fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), est habilitée à représenter les producteurs.


>> Si vous êtes témoin des blocages, envoyez vos photos par MMS au 33320 ou par mail au 33320@20minutes.fr, nous les publierons ici...