Ces paroles qui causent des maux

Laure de Charette

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La vidéo réalisée par Jacques Audiard stigmatise la violence verbale dans les couples.
La vidéo réalisée par Jacques Audiard stigmatise la violence verbale dans les couples. — DR

Avant les premières gifles s'opère le plus souvent un travail de sape

psychologique. Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la Solidarité, a lancé hier une nouvelle campagne de communication contre les violences au sein du couple. Pour la première fois, elle est axée sur les agressions verbales, avec la diffusion d'un court métrage réalisé par Jacques Audiard. On y voit une jeune femme blonde marcher ou travailler, hantée par la voix de son conjoint qui la dénigre méthodiquement et la couvre d'insultes, à chaque instant de sa journée.

Le message est clair : l'emprise psychologique d'un membre du couple sur l'autre est une forme de violence qui peut blesser aussi profondément que les coups. Et souvent, elle mène à la violence physique. Françoise Brié, vice-présidente de la fédération Solidarité femmes, qui regroupe 61 associations, raconte : « Un jour, une femme s'entend dire : "La soupe est trop salée", et le lendemain, "la soupe n'est pas assez salée". Ou encore : "T'es moche." Tout pour la dénigrer. » « On voit rarement une irruption subite de la violence, car si la femme reçoit tout à coup une gifle, elle part », renchérit une psychologue. Cette violence, souvent accompagnée d'un isolement qui peut aller jusqu'à la séquestration, explique pourquoi les victimes ne fuient pas. Hier, Valérie Létard s'est dite convaincue de la nécessité de compléter le dispositif législatif existant, en y introduisant la notion de violences psychologiques. Entre 2004 et 2007, les plaintes ont augmenté de 31 %, selon l'Observatoire national de la délinquance. En 2007, une femme est morte tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon. W

Numéro d'appel destiné aux femmes victimes de violences conjugales : 39 19.