« J'ai failli te le dire, mais je n'ai pas réussi »

De notre envoyé spécial à Tours, Bastien Bonnefous

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Véronique Courjault a tenté d'expliquer, hier, pourquoi elle avait nié les meurtres.
Véronique Courjault a tenté d'expliquer, hier, pourquoi elle avait nié les meurtres. — B. PEYRUCQ / AFP

Véronique Courjault est debout dans le box, le visage blême

et l'allure fantomatique. Ses mots sortent hachés par les sanglots. Elle se tourne vers Jean-Louis, son mari, assis de l'autre côté du prétoire, et lui dit comme si elle implorait son pardon : « J'ai failli te le dire, mais je n'ai pas réussi, c'était hors de ma portée. » Lui hoche la tête, en larmes, et ferme les yeux.

Auparavant, elle avait tenté d'expliquer à la cour d'assises d'Indre-et-Loire, qui la juge depuis lundi, pourquoi elle avait continué à nier les infanticides après la découverte par son mari des deux nouveau-nés dans leur congélateur de Séoul, le 23 juillet 2006. « J'ai reçu un coup de fil de Jean-Louis quand j'étais chez ma soeur [en vacances en Touraine]. Je me suis retrouvée en état de choc et en même temps de soulagement. J'étais engloutie. Je n'ai pas réussi à dire que j'étais la mère de ces enfants. Jean-Louis était loin. Il me parlait de police, d'ADN... », souffle-t-elle face aux jurés. Pendant toute la matinée, les enquêteurs ont raconté comment Véronique Courjault a refusé jusqu'au bout de reconnaître l'évidence. Elle a d'abord nié, puis parlé de jumeaux pour les deux bébés nés à un an d'intervalle. Surtout, elle a avoué avoir eu l'intention de les tuer « dès qu'elle avait su qu'elle était enceinte ». Une préméditation qui lui vaut son renvoi pour assassinat, et qu'elle tempère désormais, expliquant que « c'était beaucoup plus complexe que ça ». Sans plus de précision.

Le 12 octobre 2006, face aux policiers qui les avaient confrontés, Jean-Louis Courjault apprend la vérité de la bouche de son épouse. « Je lui ai dit : "C'est pas toi qui a fait ça ?" Elle m'a dit : "Si, c'est moi." Je l'ai prise dans mes bras », raconte-t-il hier. « C'est un geste d'amour ? », lui lance le président, interloqué. « Qu'est-ce que vous vouliez faire d'autre ? », répond Jean-Louis Courjault. W