Décès du Professeur Jean Dausset, prix Nobel de Médecine en 1980

DISPARITION L'immunologiste, notamment connu pour ses découvertes sur les greffes d'organe, était âgé de 92 ans...

Avec agence

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Jean Dausset, prix Nobel de médecine en 1980, à Paris, le 5 juillet 2007.
Jean Dausset, prix Nobel de médecine en 1980, à Paris, le 5 juillet 2007. — DURAND FLORENCE/SIPA

L'immunologiste Jean Dausset, 92 ans, Prix Nobel de Médecine en 1980 pour une découverte déterminante dans la réussite des greffes d'organe, est décédé samedi à Palma de Majorque (Espagne) où il vivait depuis deux ans, a déclaré le président de la Haute autorité de santé, Laurent Degos.

Le Pr Dausset a découvert en 1958 ce qui deviendra le système des groupes tissulaires HLA (Human Leucocyte Antigen), beaucoup plus complexe que celui des groupes sanguins, qui permet de vérifier la compatibilité entre donneur et receveur lors d'une transplantation d'organe ou d'une greffe de moelle osseuse.

Chaque organisme est unique

«J'ai compris et, peu à peu, pu prouver que les globules blancs, les plaquettes et d'une façon générale, les cellules de tous les tissus d'un organisme ont une identité chimique qui les distingue de celles des autres organismes de la même espèce. Au point d'être incompatibles entre eux», expliquait-il dans une interview en 1980.

La grande variabilité d'un individu à l'autre du système HLA, et de la multitude de combinaisons qu'il permet, a démontré, selon le Pr Dausset, que chaque homme est unique.

Personnalisation de la prévention

Après avoir découvert en 1958 un premier de ces «marqueurs» de l'identité biologique individuelle, il poursuivra ses travaux, constatant que le système HLA intervient aussi dans la réponse immunitaire, c'est-à-dire la capacité qu'a l'organisme de se défendre contre les virus ou le cancer.

La découverte du système HLA a aussi permis les débuts de médecine prédictive, a précisé à l'AFP le Pr Degos, ancien élève du Pr Dausset. La possibilité de calculer «le risque individuel» de développer certaines maladies associées au système HLA ouvrait la voie à ce que le Pr Dausset appelait «une prévention personnalisée».

La génétique des populations

Ses travaux ont aussi eu des répercussions en anthropologie, avec le développement d'une science nouvelle, la génétique des populations, a ajouté le Pr Degos. Cette science s'efforce de comprendre, par l'étude attentive de marqueurs biologiques, comment ont évolué et évoluent encore les groupes humains, et permet de caractériser les grandes migrations de l'Humanité.

Membre de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences, le Pr Dausset, s'était aussi, en tant que président du Mouvement universel de la responsabilité scientifique (MURS) de 1984 à 2002, préoccupé de la «rareté de l'eau douce» et prononcé contre le fait qu'un gène puisse être breveté, a encore indiqué le Pr Degos.

«Un médecin engagé»

Dans un communiqué, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, a salué «l'un des pères de la biologie moderne» car il avait «contribué à rapprocher l'immunologie et la génétique, en montrant notamment le rôle-clef du séquençage des génomes».

Le Pr Dausset était aussi un «médecin engagé» qui a «démontré la nécessité du rapprochement de la médecine et de la recherche», ajoute Valérie Pécresse. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a fait également part de sa «tristesse» et rendu hommage à ce «chercheur d'exception».

Né le 19 octobre 1916 à Toulouse, d'un père médecin, Jean Dausset qui a fait ses études de médecine à Paris, est devenu en 1963 chef du service d'hémato-sérologie-immunologie de l'hôpital Saint-Louis à Paris. Il sera nommé professeur au Collège de France en 1978. Il a été Président-fondateur de France-Transplant.